29 & 30 mai 2012 : rapport de la première réunion de RAN-VVT à Paris

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RAN-VVT_150Mardi 29 et mercredi 30 mai 2012

 

Rapport de la première réunion de RAN-VVT à Paris

 

1.      Accueil et introduction

 La réunion a débuté par une présentation d’Olivia Hyvrier-Neau de DG Home de la Commission européenne sur le contexte, le but, les objectifs et l’orientation (8 différents groupes de travail) du Radicalisation Awareness Network (RAN).

Les dirigeants du groupe de travail, Luca Guglielminetti et Guillaume Denoix de Saint Marc, ont donné une brève introduction sur le fondement de la création du groupe de travail VVT, qui est que l’organisation des Victimes du terrorisme peut apporter une contribution importante à la prise de conscience du danger et des effets de la radicalisation et du terrorisme. Les victimes du terrorisme sont de parfaits promoteurs des valeurs européennes dans la lutte contre la radicalisation. Luca a présenté la voix des victimes du terrorisme comme :

– une expérience humaine du terrorisme ;

– des mots permettant de sensibiliser certains « groupes ciblés » ;

– permettant une prise de conscience croissante dans la société civile ;

– des valeurs culturelles et styles linguistiques ;

– à partager sur les plates-formes de communication.

33 participants ont assisté à la réunion. Parmi eux, un groupe assez important qui se connaissait déjà par le biais du NAVT. Les pays qui ont été représentés: l’Espagne, le Royaume-Uni, l’Italie et la France.

Le deuxième groupe représentait les organisations internationales d’aide aux victimes (Maroc, Algérie, Israël, Ouganda, Kenya, Tanzanie et Argentine). Enfin il y avait un groupe d’experts (7) sur des témoignages (des cinéastes, des journalistes et un avocat) qui n’étaient pas présents pendant toute la réunion.

2.      Rapport

L’objectif de la première journée a été tout d’abord la présentation du RAN et des organisations. La seconde moitié de l’après-midi, la parole a été donnée aux experts pour parler de l’un des objectifs du groupe : faire entendre sa voix dans la société lorsqu’on est victime de terrorisme, mais également pour parler des aspects juridiques de la collecte de témoignages et de l’utilisation de témoignages pour la recherche universitaire.

Maître Chloé MINET, du cabinet August & Debouzy, a parlé sur quatre aspects juridiques et éthiques du travail à partir des témoignages des victimes.

1) L’acquisition des droits légaux à utiliser et à diffuser des témoignages de victimes

Au regard des droits attachés à la personnalité de chaque victime (nom, image, voix) matière de droits de la personnalité des victimes (nom, image, voix), il est nécessaire de définir de manière spécifique ces droits avant d’utiliser et de diffuser les témoignages. Si un mineur est impliqué, l’autorisation écrite des deux parents est nécessaire (même si l’image du mineur est cachée).

2) Protéger les données personnelles des victimes

Cette question est traitée dans l’article 2 de la Loi française sur la protection des données. L’utilisation de témoignages peut conduire au traitement des données personnelles des victimes et peut-être soumis à des exigences légales.

3) Le contrôle du contenu du témoignage

Plusieurs dispositions peuvent limiter la liberté d’expression (de la victime), au moins sous le droit français. Par exemple, l’enquête et la procédure d’enquête est secrète (art. 11 du Code français de procédure pénale), le droit au respect de sa vie privée (art. 9 du code civil) et le droit du respect de la présomption d’innocence (art. 9-1 du code civil).

4) Assurer la sécurité des victimes

Il existe plusieurs façons pour assurer la sécurité de la victime, par exemple en utilisant des témoignages anonymes, l’utilisation de moyens techniques pour brouiller les visages et les voix, en donnant une assistance psychologique et uniquement des informations générales sur les victimes.

Agata Serrano, de l’Université Rey Juan Carlos de Madrid, a donné une conférence sur les aspects politiques du travail avec des témoignages de victimes, le rôle des victimes du terrorisme dans la lutte contre le terrorisme et a mis en évidence plusieurs responsabilités collectives et publiques :

1) La responsabilité de saper le récit du terrorisme, en soulignant la différence entre qui est la victime et qui est l’auteur.

2) La responsabilité de refuser l’impunité à ceux qui ont commis des crimes terroristes.

3) La responsabilité de reconnaître et d’apprécier l’importance sociale, politique et morale des victimes, en leur donnant le soutien et la solidarité qu’ils méritent.

1) La responsabilité de saper le récit du terrorisme, en soulignant la différence entre qui est la victime et qui est l’auteur

Faire une distinction claire entre qui est une victime du terrorisme et qui est l’auteur semble être la première de nombreuses responsabilités collectives et publiques d’une société qui souffre du terrorisme. Des auteurs du crime doivent donc éviter d’être autorisés à bénéficier de l’impunité. Tout d’abord, afin de distinguer entre les victimes et les auteurs, il est nécessaire de reconnaître que la victime ne tue jamais. La victime du terrorisme est la personne qui subit la violence causée par des terroristes, ce qui la rend une victime innocente. Deuxièmement, cela signifie reconnaître que les terroristes ne sont pas victimes, mais responsables d’un crime brutal, d’une violation des droits de l’homme. Étant donné qu’ils ne veulent pas accepter cette responsabilité, ils se proclament souvent  «victimes du conflit». Si nous devions accepter que les terroristes se définissent comme « victimes du conflit » sans préciser qu’ils étaient les auteurs d’un crime, cela signifierait qu’on leur permettrait l’impunité qui les exempterait de leurs responsabilités.

2) La responsabilité de refuser l’impunité à ceux qui ont commis des crimes terroristes

Les effets de l’impunité sur la société sont très dommageables pour tous les citoyens, mais le sont d’autant plus pour les victimes. En fait, si un terroriste n’accepte pas sa responsabilité, son comportement peut être reflété de manière similaire dans les attitudes sociales et politiques des individus. Dans une société affectée par le terrorisme, les gens peuvent, même s’ils ne participent pas eux-mêmes à des actes violents, vivre aux côtés du meurtre et de l’extorsion des citoyens, et du dénigrement public des victimes. En évitant d’interférer, ils deviennent des « complices indifférents », et dans le pire des cas, ils justifient ces actes. Cela conduit, dans certains cas, à la légitimation de l’assassinat, des mauvais traitements et actes de barbarie terroriste et, dans d’autres cas, à la négation complète de l’importance de ces victimes qui peuvent même être criminalisées et blâmées pour ce qui leur est arrivé. Ainsi, si le coupable n’accepte aucune responsabilité pour les crimes commis, l’un des paradoxes les plus nocifs de l’impunité se produit: la revictimisation de la victime. Ceci arrive chaque fois que les victimes du terrorisme, après avoir subi un préjudice, sont insultées, dénigrées, blâmées par le terroriste et, dans de nombreux cas, sont aussi marginalisées, abandonnées et traitées avec indifférence par le reste de la société qui est emprisonnée dans une spirale profonde de silence.

3) La responsabilité de reconnaître et d’apprécier l’importance sociale, politique et morale des victimes, en leur donnant le soutien et la solidarité

Pour échapper à cette spirale du silence que les sociétés touchées par le terrorisme ont vécu et vivent toujours, l’importance de construire un récit des victimes doit être soulignée. Si un récit n’est pas construit, la réponse des délinquants serait toujours présente et donc pourrait continuer d’alimenter le cercle vicieux que nous avons décrit ici, conduisant à la rechute de la société, et les victimes deviendraient finalement à nouveau victimes. Ce récit doit être fondé sur la défense démocratique du droit à la vie, à la dignité, à la mémoire, à la vérité et à la justice. Ce serait encore mieux si les témoignages de victimes pouvaient être diffusés par l’intermédiaire d’une stratégie appropriée de communication – tout en respectant la vie privée des victimes – dans le but de créer la sensibilisation dans les secteurs de la société qui sont les plus vulnérables à la radicalisation. Les victimes du terrorisme n’ont jamais utilisé la violence pour lutter contre le terrorisme. Ils n’ont jamais recouru à la vengeance, et font toujours confiance à la loi ; ils sont un exemple pour les générations futures. En outre, leur récit contribuerait certainement à la déradicalisation des personnes les plus exposées à la propagande terroriste et à l’activisme.

Alessandro Orsini, de l’Université de Rome Tor Vergata, a donné son impression des aspects historiques du travail avec des témoignages des victimes, du récit des victimes pour l’étude scientifique du terrorisme. Au cours de son exposé, il a expliqué combien il est important de ne pas seulement se concentrer sur les auteurs, mais surtout sur les victimes du terrorisme.

Il y a également eu un moment pour des questions et une discussion. Les points les plus importants évoqués à l’écart des discussions sont les suivants :

– Vous n’êtes pas une victime par choix.

– Les victimes doivent vivre.

– Quelle est la position des victimes et comment pouvons-nous les soutenir ?

– Dans certains pays, les victimes ne sont pas largement acceptées, on se concentre plutôt sur les auteurs.

– Quel est le but des témoignages : quelle est la cible, etc ?

Au cours de la deuxième journée Luca a présenté une matrice (toujours en cours) qui peut classer les moyens permettant d’utiliser et de collecter les témoignages des victimes :

– Le contexte, les caractéristiques de la victime, le type de terrorisme, les interviews, etc

– Les médias et les dispositifs de soutien des médias

– Communication : les formes narratives, les formes rhétoriques, valeurs exprimées

– Objectifs et buts

Luca souhaite développer l’origine des participants dans le but d’établir les meilleures pratiques de l’utilisation de la voix des victimes du terrorisme. Guillaume a souligné que nous devrions analyser les témoignages que nous connaissons afin de pouvoir remplir le cadre, afin que nous puissions voir si ce type de témoignage pourrait être adapté à notre but : lutter contre le terrorisme, déradicalisation (cognitive) et/ou la prévention.

La deuxième journée s’est terminée avec un film de collecte de témoignages de Roberto Poch (http://www.youtube.com/watch?v=QvUXRVA3sY8) et une présentation par Axel Schmidt sur un projet proposé par UniMat : Message universel contre le terrorisme.

3.      Conclusion et prochaines étapes

  • Les chefs de groupe de travail ont demandé aux participants d’envoyer leurs documents écrits et des témoignages pour recueillir les bonnes pratiques. Ils soulignent qu’il est nécessaire de garder à l’esprit l’objet et le but de notre projet: les meilleures pratiques de collecte à des fins didactiques, la déradicalisation, etc. Les bonnes pratiques ne doivent pas se concentrer sur la mémoire et la célébration.
  • Guillaume et Luca ont exprimé le souhait d’organiser des rencontres avec le RAN-VVT sur une base régulière, deux fois par an. Josée Netten/NAVT va organiser une réunion sur la déradicalisation etc. à la fin du mois d’octobre – début novembre. Il est possible que cette réunion soit partagée.

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