Procès des auteurs présumés des attentats contre le restaurant « la terrasse » et l’Hôtel Radisson Blu à Bamako

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Le procès des auteurs présumés des attentats de l’hôtel Radisson Blu et du restaurant la Terrasse à Bamako (Mali) en 2015 s’est ouvert le 27 octobre 2020.

Rappel des faits

  • Attaque contre le restaurant « La Terrasse » du 7 mars 2015

Le 7 mars 2015, peu après minuit, un homme cagoulé fait irruption dans le restaurant « La terrasse » et fait usage de plusieurs grenades explosives. Armé d’un fusil d’assaut, il pénètre dans le bar et fait feu sur la clientèle au rez-de-chaussée. Au cours de leur fuite, les assaillants tirent sur une patrouille de police et abattent un agent malien.

L’attentat a tué 5 personnes dont un Français, Fabien GUYOMARD, et fait au moins 8 blessés.

  • Attaque contre l’Hôtel Radisson Blu le 20 novembre 2015

Le 20 novembre 2015, Le matin du 20 novembre 2015, aux alentours de 7h00, deux hommes armés de fusil d’assaut de type Kalachnikov pénètrent dans l’enceinte de l’hôtel Radisson Blu à bord d’un véhicule portant des plaques diplomatiques. Entrés dans le bâtiment, ils ouvrent le feu sur le personnel et la clientèle.

Au moment de la prise d’otages, 170 clients de 14 nationalités, dont de nombreux personnels des compagnies aériennes Air France et Turkish Airlines, se trouvent à l’intérieur, ainsi que 18 employés de l’hôtel.

L’attaque a fait 22 morts et une dizaine de blessés. Au moins cinq Maliens, quatre Belges, six Russes, trois Chinois et un Américain font partie des victimes décédées.

Les accusés présents

  • Fawaz Ould Ahmed

Le principal accusé est Fawaz Ould Ahmed, connu sous le pseudo « Ibrahim 10 ». Sa présence était incertaine jusqu’à la dernière minute puisqu’il y avait des rumeurs disant qu’il aurait fait parti des 200 détenus libérés en Octobre 2020 en échange de la libération d’otages.

Ce mauritanien appartenant à l’organisation Al-Mourabitoune dirigée par Mokhtar Belmokhtar, s’est radicalisé en 2003. Il aurait été impliqué en 2008 dans l’enlèvement de deux diplomates canadiens au Niger, un projet d’attentat et a été condamné pour possession d’armes à Abidjan en 2013. Il sera arrêté en Avril 2016.

Au cours de l’instruction, il aurait raconté les détails de l’attaque et aurait reconnu avoir été missionné de s’en prendre à des cibles occidentales dans la foulée de l’attentat au sein des locaux de Charlie Hebdo.

Il est soupçonné d’avoir pénétré dans le restaurant « La Terrasse » et avoir ouvert le feu sur les clients. Son complice présumé a été tué lors de son interpellation.

Il est également soupçonné d’avoir planifié l’attentat contre l’hôtel Byblos de Sévaré le 7 aout 2015 et l’attentat contre l’hôtel Radisson Blu de Bamako le 20 novembre 2015.

  • Sadou Chaka

Sadou Chaka, aussi connu sous le nom « Oussama » ou Moussa Maiga, est accusé d’avoir également commandité l’attentat du Radisson Blu. Il était âgé de 16 ans à l’époque des faits.

Déroulement du procès

Le Procès s’est tenu sur deux jours du 27 au 28 octobre 2020 à Bamako au Mali devant la Cour d’Assisses Antiterroriste composée de cinq juges professionnels. Des parties civiles maliennes étaient présentes à l’ouverture du procès. Les parties civiles françaises ont pu assister à la retransmission du procès en visioconférence non interactive au sein de la Cour d’Appel de Paris. Un avocat postulant était présent sur place, afin de permettre aux victimes, par le biais de leur avocat, de poser les questions qu’ils avaient.

Nous tenons à souligner que si la qualité vidéo était très bonne, il était difficile d’entendre correctement les différents intervenants. Ainsi, ce compte-rendu est basé sur la compréhension des personnes présentes ainsi que des articles de la presse spécialisée sur place.

  • Mardi 27 octobre

L’audience du Mardi 27 octobre n’a duré que quelques heures. Le procès a commencé par l’appel de toutes les parties civiles présentes par le Président.

Ensuite, deux des co-accusés se sont présentés devant la Cour. Il s’agissait de Fawaz Ould Ahmed et Sadou Chaka.

Lecture a été faite de l’arrêt de renvoi puis le Président a rappelé aux accusés les chefs d’inculpation et les a brièvement questionnés.

Un traducteur était présent et en charge d’assurer la traduction pour Fawaz Ould Ahmed qui souhaitait s’exprimer en langue arabe. Le Président lui a demandé s’il avait un avocat et il a répondu qu’il ne le connaissait pas. Il lui en aurait été commis un d’office la semaine dernière.

Après cette courte matinée, l’audience a été suspendue.

  • Mercredi 28 octobre

L’audience du Mercredi 28 octobre a duré plus de 9 heures.

Elle a commencé par une intervention de l’avocat de Fawaz Ould Ahmed qui a demandé à son client comment il se portait et s’il avait eu de quoi petit déjeuner. L’un des avocats des parties civiles a demandé ce qu’il était advenu du troisième accusé censé comparaitre.

Appelé à la barre, Fawaz Ould Ahmed n’a montré aucun remord et a présenté la planification de l’attentat du Radisson Blu. Il aurait commencé sa déclaration en remerciant de la libération de plus de 200 djihadistes, « une victoire pour les Musulmans ». Il réitèrera avoir commis l’attentat du restaurant La Terrasse pour venger le prophète suite à la publication des caricatures et précisera « On n’a pas honte. On est fier. C’était en réaction à Charlie Hebdo que l’on a fait ça avec Al-Mourabitoune, ils ont insulté le prophète et ce n’est pas terminé malheureusement. » Il explique qu’il aurait bu un soda dans un « maquis », bar en plein air, puis s’être dirigé vers le restaurant. Il donne 2000 francs CFA, l’équivalent de 3 euros, au gardien pour entrer et se dirige dans les toilettes afin d’enfiler sa cagoule. Il tire en rafale sur la quinzaine de personnes qu’il avait identifié.

Il est également revenu sur l’attaque du Byblos de Sévaré, l’attaque du Radisson Blu pour lequel il a assuré la logistique. Il aurait repéré l’hôtel grâce aux télévisions internationales. Il exprime son regret d’avoir raté l’équipage d’Air France, car il n’avait pas l’information.

Sadou Chaka a été, à son tour, appelé à la barre. Il a reconnu avoir déposé les djihadistes devant les différents lieux mais dit n’avoir eu aucune connaissance de leurs intentions. Son rôle était principalement logistique. Ces propos sont confirmés par Fawaz qui indique l’avoir eu à ses côtés depuis ses 15 ans et qu’il lui demandait des choses sans lui donner d’explication.

Le Président procéda ensuite à l’appel un à un des témoins qu’il a rapidement questionnés. Un serveur expliqua notamment être sorti par la sortie de secours.

Comme dans la procédure française, les avocats des parties civiles ont ensuite pu plaider. Quatre avocats se sont succédés. L’Avocat Général a ensuite présenté ses réquisitions.

Les avocats de la défense ont présenté leurs plaidoiries. L’un des avocats a souligné qu’« il convient de juger des hommes aujourd’hui et non pas des concepts ». L’avocat de Mr Chaka a insisté sur son jeune âge (16 ans) au moment des faits.  L’un des avocats a dans sa plaidoirie évoqué le fait que l’occident pourrait aussi être le terrorisme et que « ceux qui ont eu le courage de se battre contre une telle politique sont aujourd’hui les terroristes ».

L’audience a ensuite été suspendue brièvement afin que les juges puissent délibérer dans un premier temps sur la culpabilité ou non des accusés. Après avoir annoncé qu’ils étaient reconnus coupables de l’ensemble des chefs d’accusation sans circonstances atténuantes, les juges se sont retirés pour cette fois-ci décider de la peine, après avoir entendu l’Avocat Général et les avocats de la défense une dernière fois.

Comme derniers mots, Fawaz Ould Ahmed aurait demandé pardon aux victimes maliennes et de confession musulmane.

Verdict

Les deux accusés présents ainsi que le troisième par contumace, ont été condamnés à la peine de mort et dix millions de francs d’amende.

Il faut savoir que la dernière exécution remonte en 1980 au Mali qui observe depuis un moratoire et bien qu’il continue à condamner à mort, ne procède par à l’exécution des peines.

Un pourvoi en cassation a été demandé par un avocat de la défense.

***

Pour plus d’informations :

https://information.tv5monde.com/afrique/mali-ouverture-du-proces-des-attentats-de-bamako-en-2015-381107

https://www.rfi.fr/fr/afrique/20201027-le-jihadiste-fawaz-ould-ahmed-bel-et-bien-pr%C3%A9sent-son-proc%C3%A8s-bamako

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/10/28/proces-des-attentats-de-bamako-en-2015-une-vengeance-contre-charlie-hebdo_6057693_3212.html

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/10/28/proces-des-attentats-de-bamako-en-2015-une-vengeance-contre-charlie-hebdo_6057693_3212.html

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