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I. Les Faits

Ancien journaliste et doctorant en sciences de la communication à l’université de Metz, Farid Ikken, 43 ans, a le 6 juin 2017, attaqué trois policiers au marteau, sur le parvis de la cathédrale Notre Dame à Paris.

Le fonctionnaire attaqué dans le dos n’a échappé à un coup en pleine tête que parce que sa collègue lui a crié « Attention !» et qu’il a rentré le cou, le marteau frappant derrière l’oreille gauche. Et un second coup n’a été évité que parce que son autre collègue a tiré sur le terroriste, ce dernier refusant de se soumettre aux sommations des policiers.

Seront retrouvés sur lui, un marteau de 30 cm, arme ayant été utilisée pour commettre l’agression ainsi que deux couteaux. Il affirmera avoir hésité quant au choix de l’arme servant à l’attaque jusqu’au dernier moment.

Il motivera son geste en réaction aux frappes de la coalition française en Syrie afin de défendre les personnes qui y sont tuées en défendant leur patrie. Il ajoutera également qu’il était animé par un sentiment d’écrasement des musulmans par la France et nourrit par la frustration de la pénalisation par la France des départs. Il déclarera à ce sujet : « Moi et ceux qui pensent comme moi réclamons justement notre droit à la ré migration en terre d’islam »

II. 2020, Condamnation à 28 ans de réclusion criminelle en 1ère instance

Le procès de Farid Ikken s’est ouvert le 12 octobre 2020 devant la cour d’assises spécialement composée.

A peine le procès ouvert, que l’accusé, Farid Ikken, décida de récuser ses avocats et déclara vouloir se défendre seul. Or, conformément au code de procédure pénale, devant la cour d’assises, l’accusé doit obligatoirement être représenté par un avocat. A défaut d’en choisir un, le président de la cour d’assises devra lui en designer un Farid Ikken campant sur ses positions, le premier président dû en désigner.

Lors des débats, l’accusé, Farid Ikken reconnu la matérialité des faits, néanmoins, il n’a cessé de contester l’intention d’homicide prétextant « avoir frappé mollement ».  Ne se considérant pas comme un terroriste, il revendiqua durant toute la durée du procès son statut de résistant tout en faisant l’éloge de l’organisation terroriste DAESH et prônant son sentiment d’avoir accompli son devoir par son geste. Il légitimera d’ailleurs les actions de Merah, des frères Kouachi et de Coulibaly en considérant qu’il ne s’agissait que d’action de défense, il affirmera d’ailleurs « Merah, Coulibaly, Kouachi, ce sont des frères, des martyrs, des moudjahidines qui ont mené des actions de représailles

Etaient parties civiles à l’instance : les fonctionnaires de police victimes de l’attaque, les associations : Association française des victimes du terrorisme et FENVAC, et enfin l’agence du ministère de l’Etat.

Lors des plaidoiries, l’avocat de la FENVAC déclara « vous jugez des gens qui veulent nous détruire, qui sont l’expression d’une idéologie bien plus développée qu’on ne le croit sur le territoire national, et il est essentiel pour notre système, que vous ayez un rôle de protection de nos citoyens ».  L’avocat souligne son inquiétude face à l’apologie entendue cet après-midi même dans la salle d’audience. « Mr IKKEN, c’est le bras armé mais aussi un propagandiste ».

L’avocat de l’AfVT quant à lui, après avoir présenté les différentes missions, juridiques, sociales et psychothérapeutiques est revenu sur le fait que l’accusé ait défini sa nationalité par sa religion. « La loi française, les institutions françaises, les caractéristiques du pays qui vous accueille, passe après. Il y a toute une entreprise bien faite. L’accusé est intelligent, il revient sur les bombardements ou les enfants dès qu’il est en difficulté. L’avocat souligne qu’il ne s’adresse aux gardiens que par écrit, en refusant les entretiens, il se protège de tout ce qui pourrait aller à l’encontre de ses convictions. Il se referme en détention.   Nous avons une détermination froide, il est parfaitement calme, il a une revendication qui est totalement intacte ».  L’avocat conclu en rendant hommage aux forces de police.

 L’avocat d’un des fonctionnaires de police décrivit la difficulté du fonctionnaire de police à reprendre l’uniforme, le traumatisme, l’hyper vigilance… et précise qu’« Il a regardé jour et nuit la vidéo pour voir s’il avait bien réagi ».  Elle rappela que l’intention de tuer était claire et que si ses collègues n’étaient pas intervenus, il serait mort

Vinrent ensuite les réquisitions de l’avocat général, celle-ci déclara alors « Vous avez à juger un acte d’une brutalité inouïe, commis par un homme intellectuel, cultivé, polyglotte. » L’avocat général souligne la richesse des débats lors de ces deux jours d’audience qui ont permis d’éclairer sur son profil. A la lecture du dossier papier, elle dit avoir ressenti une certaine pitié, alors qu’à l’issu de l’audience elle a découvert un homme très différent, un fanatique de l’EI qui n’éprouve aucun remord, ne formule aucune excuse et exprime la satisfaction du devoir accompli.

En conséquence l’avocat général requiert 25 à 28 ans de réclusion criminelle assortie d’une période de sureté des 2/3 et une interdiction définitive du territoire français. Ces réquisitions sont motivées par l’atteinte portée à la police, la radicalisation rapide et très forte de l’accusé, l’absence totale de remords, des inquiétudes pour l’avenir celui-ci ne voyant pas d’autre issue que le djihad.

A l’issue des plaidoiries, la parole revient à l’accusé pour sa défense.  Farid Ikken, n’a cependant pas voulu s’exprimer.

La cour d’assises spécialement composée a déclaré coupable Farid Ikken et l’a condamné à 28 années de réclusion criminelle assorties d’une peine de sureté des 2/3. La cour a prononcé à titre complémentaire, une peine d’inscription au FIJAIT, une interdiction définitive du territoire français et une interdiction de port d’arme d’une durée de 15 ans.

III. 2021, Condamnation confirmée en appel

La cours d’assises  a donc dû statuer sur l’appel interjeté par Farid Ikken comparaissant pour tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteur terroriste en vue de préparer des crimes d’atteintes aux personnes.

Dès l’ouverture du procès, le 18 novembre 2021, Farid Ikken demanda à ne pas être assisté par un avocat. Or, conformément au code de procédure pénale, la défense par un conseil devant la cour d’assises est obligatoire, comme l’a rappelé le premier président de la cour d’assises d’appel. Aussi, il a été convenu que le conseil de Farid Ikken devrait être présent mais ne s’exprimera pas lors des deux jours de procès.

Ce comportement a pu interroger sur la cause de l’appel du condamné. En effet, pourquoi interjeter appel s’il ne souhaite pas s’exprimer ni être défendu ? Cette question a d’ailleurs été soulevée par les conseils des parties civiles et les parties civiles elles-mêmes, lors des débats.

Avant que les parties civiles prennent la parole, le profil de Farid Ikken a été à nouveau étudié. Les rapports d’expertises réalisés en 2017 et 2019, ont tous deux révélés une réflexion intellectuelle structurée,une grande immaturité caractérisée par la poursuite interminable et ininterrompue d’études à plus de 40 ans. Les experts font état également d’une personnalité très solitaire avec une pratique de la religion envahissant l’intégralité de son univers, signe d’une faille identificatoire majeure. Lors de son incarcération, les services pénitenciers mentionneront une dégradation de son comportement et enfermement dans le silence, refusant tout dialogue avec le personnel et contact parloir, selon le rapport du SPIP de Rennes. Selon ce même rapport, il présenterait également un toc de propreté et a refusé en détention tout suivi socio-psychologique.

Etaient partie civiles à l’instance, les policiers victimes de l’attaque sur le parvis de Notre Dame ainsi que les associations de victimes comme l’AfVT et la FENVAC.

Monsieur J.D, policier ayant reçu le coup de marteau sur la tête, s’exprima sur les conséquences de cet acte sur son quotidien professionnel en déclarant aujourd’hui avoir remis son arme et ne patrouillant plus sur la voie publique. Si sur le plan personnel il souffre d’irritabilité, il n’est pas le seul, puisqu’il déclare que sa famille et en particulier ses petits frères ont été lourdement impactés aussi par cet acte.

Concernant sa collègue en patrouille avec lui le jour de l’attentat, elle affirme ne pas se sentir légitime en sa qualité de partie civile, notamment en l’absence de réel soutien de la part de sa hiérarchie. Elle rapporte « On nous a désarmé à la préfecture, en me disant de toute façon tu n’as pas tiré, j’ai été celle durant toutes ces années qui n’a rien fait, en tout cas celle qui n’a pas tiré, je n’ai pas eu la médaille d’or alors que mes collègues l’ont eu. »

Suite à cette déclaration le premier président de la cour d’assises s’adressa à la fonctionnaire de police : « Madame, je tenais à vous dire, que c’est toujours facile de refaire l’histoire après coup, il y aura toujours des personnes pour vous faire doutez de vos agissements mais ne doutez pas de la légitimité de votre présence ici. »

A l’issue des dépositions des parties civiles, Farid Ikken a répondu à quelques questions lors de son interrogatoire à l’audience. « J’ai fait appel parce que j’estime que j’ai été condamné pour mes idées politiques et non pas pour les faits que j’ai commis. Si je reconnais les faits, je ne reconnais pas les chefs d’accusation. Pour moi l’Etat islamique n’est pas une organisation terroriste. C’est pour cette raison que je refuse ce chef d’accusation. Je suis conscient de la gravité de ces actes. Je tiens à dire que sans les bombardements en Syrie, il n’y aurait pas ça. » Interrogé sur les actes de S. Abdeslam et A. Coulibaly, il dira « Ce sont les frères de l’Etat islamique, les meilleurs musulmans du monde. Ils donnent les meilleures valeurs de l’islam. Ils ont fait de la violence, pas de gaieté de coeur. Ils ont été contraints à la violence. L’islam nous interdit de dire du mal des martyrs. »

Lors des plaidoiries, l’avocat de l’AfVT, Me Frédéric Picard a déclaré au sujet de Farid Ikken « Il est imperméable à tout ce qui pourrait gratter toutes ses idées qu’il pense si vraies. Ce que je voudrais dire avant tout c’est réaffirmer notre soutien aux forces de l’ordre, à ceux qui sont dépositaires de l’autorité publique, dans des missions qui sont périlleuses. S’il y a une image qui restera, c’est au moment où on arrête la vidéo de l’agression, et qu’on aperçoit  les pieds de Farid Ikken décollés du sol preuve de sa détermination sans faille, restée sans faille. Enfin point personnel, quand j’entends le mot résistance, je pense à mon père chef de réseau pendant la seconde guerre mondiale, je n’ose imaginer sa réaction s’il avait entendu cela dans la bouche Ikken. »

L’accusation lors des réquisitions a pu ainsi s’exprimer en ces termes : « Je ne sais que faire de vous si ce n’est vous donner des années pour réfléchir à tout cela. Pour que vous ne diffusiez pas cette idée ou que vous recommenciez. Je vais donc revenir à cet homme du Louvre qui a pris 30 ans de réclusion criminelle assortie d’une période de sureté des deux tiers, et demander la même peine. »

Ne souhaitant pas que son conseil s’exprime, l’avocat de la défense ne s’est pas exprimé néanmoins, Farid Ikken a souhaité prendre la parole, en dernier comme la procédure le prévoit. « L’appel que j’ai fait est aussi une façon de défendre mes frères et sœur irakiens et syriens. On ne peut pas me reprocher de me défendre par la voix de la justice, qui est civilisée et sans violence. Vous dites que l’Etat islamique est un état totalitaire, je n’adhère pas à cela, nous n’allons pas détruire le monde pour rétablir le califat ; nous avons un code de la guerre. Je voudrais réagir aux propos des conseillers des parties civiles. Je comprends votre colère mais je ne peux pas laisser passer certaines choses qui se passent en Syrie. Mes derniers propos je les adresse aux parties civiles, j’espère qu’ils vont retrouver une vie normale. Mon devoir de musulman est d’exprimer une pensé d’humanité et de compassion. Je leur souhaite de trouver du courage et de dépasser ces moments difficiles. L’islam est une religion de paix et de réconciliation. »

Le 19 novembre 2021, Farid Ikken a été condamné à nouveau en appel. La cour d’assises d’appel a prononcé à son encontre une peine 30 ans de réclusion criminelle assortie d’une période de sureté de 20 ans et d’une expulsion définitive.

Sources

 

 

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