France – Attentats à Carcassonne et Trèbes

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Vendredi 23 mars 2018

 

Attaques de Carcassonne et Trèbes

 

Déroulé des attaques

Dans la matinée du vendredi 23 mars 2018, à 10h13, Radouane LAKDIM ouvre subitement le feu avec une arme de poing sur une Opel Corsa et ses deux occupants dans la commune de Carcassonne. Le passager, Jean MAZIÈRES, est tué sur le coup tandis que le conducteur Renato SILVA, de nationalité portugaise, est grièvement blessé et jeté hors du véhicule.

 

10h25

Radouane LAKDIM prend possession du véhicule avec lequel il se dirige tout d’abord vers le commissariat central de Carcassonne avant de s’orienter vers la caserne du 3ème régiment parachutiste d’infanterie de marine (3ème RPIMa). Ne voyant pas de militaire sortir de la caserne, il décide de se rabattre sur un groupe de quatre fonctionnaires de police des Compagnies Républicaines de Sécurité achevant leur jogging. Il leur tire dessus avec une arme de poing à six reprises par la vitre côté passager. L’un des CRS, originaire de Marseille, sera grièvement blessé au thorax.

10h35

L’Opel Corsa vient de se garer sur le parking du magasin « Super U » de Trèbes, commune située à proximité de Carcassonne. Filmé par les caméras de surveillance, Radouane LAKDIM descend du véhicule avant de pénétrer dans le magasin en courant.

10h40

À l’intérieur où se trouvent les employés et une cinquantaine de clients, l’agresseur se dirige immédiatement vers la caisse n°6 où il abat Christian MEDVES, employé du magasin, avant d’abattre un autre client à la caisse n°2, Hervé SOSNA.

Une vingtaine de clients parvient rapidement à s’échapper par l’arrière du magasin. D’autres s’enferment dans les chambres frigorifiques.

11h00

Le peloton de surveillance et d’intervention arrive sur zone en même temps que le groupement de l’Aude dont le lieutenant-colonel Arnaud BELTRAME est le numéro trois. Le GIGN de Toulouse est en route.

Le lieutenant-colonel BELTRAME n’attend pas avant d’entamer un échange avec Radouane LAKDIM qui s’exprime sur la Syrie et demande la libération de Salah ABDESLAM.

11h25

Le terroriste a pu observer de nombreux clients s’enfuir du magasin sans être en mesure de les retenir. Il lui reste une otage qu’il conserve avec lui, pistolet braqué sur la nuque depuis près de trois quarts d’heure.

Cette dernière, Julie, est une hôtesse de caisse âgée de 40 ans.

Le lieutenant-colonel BELTRAME prend l’initiative de se désarmer et de se proposer comme otage en échange de Julie. Radouane LAKDIM accepte et l’officier de gendarmerie se substitue à la caissière du magasin qui peut quitter les lieux.

Pendant ce temps, une quarantaine de personnes, clients et employés du magasin, restent confinés dans les locaux du concessionnaire Peugeot, à côté du magasin.

 11h30

Radouane LAKDIM s’enferme alors avec son unique otage, le lieutenant-colonel BELTRAME, dans la salle des coffres du magasin. Le terroriste formule ses revendications, notamment la libération de Salah ABDESLAM, individu soupçonné d’être co-auteur des attentats du 13 novembre à Paris.

14h20

Ayant laissé son téléphone portable allumé, le lieutenant-colonel BELTRAME reste plus de deux heures seul avec le terroriste et tente de le convaincre de se rendre.

Soudain, le lieutenant-colonel BELTRAME crie « Assaut, assaut ! » et deux coups de feu se font entendre. Le GIGN décide d’intervenir immédiatement. La colonne d’intervention pénètre dans le magasin et les gendarmes neutralisent le terroriste. Le lieutenant-colonel BELTRAME gît au sol, grièvement blessé. Il est transporté à l’hôpital en situation d’urgence absolue. Il y décédera à 5h00 du matin.

 

Premiers éléments

L’autopsie du corps du lieutenant-colonel révélera deux blessures non létales par balle, au pied et au bras, ainsi qu’une plaie fatale de la trachée et du larynx provoquée par arme blanche.

Après l’opération de neutralisation, les forces de l’ordre sécurisent les lieux et découvrent trois engins explosifs de confection artisanale ainsi qu’une arme de poing de calibre 7.65 et un couteau de chasse.

Dans des délais extrêmement rapides, l’organisation dite État islamique revendique l’attentat par l’intermédiaire de l’agence AMAQ. Dans cette revendication publiée en langues arabe, anglaise et française, Radouane LAKDIM est qualifié de « soldat de l’EI ».

L’attentat aura fait 4 morts et une quinzaine de blessés, dont le conducteur de l’Opel Corsa, Renato SILVA, atteint d’une balle dans la tête.

 

 

Les victimes décédées

  • Jean MAZIÈRES, 61 ans, était viticulteur à la retraite, père d’un enfant. Résident de Villedubert, petite commune à proximité de Trèbes. Abattu lors du braquage de l’Opel Corsa ayant servi à l’équipée meurtrière du terroriste, il est la première victime décédée dans l’attentat.

 

  • Christian MEDVES, 50 ans, était le chef du rayon boucherie du Super U, père de deux enfants.

 

  • Hervé SOSNA, 65 ans, était maçon à la retraite. Client régulier du supermarché, il a été abattu aux côtés de Christian MEDVES.

 

  • Arnaud BELTRAME, 45 ans, était lieutenant-colonel de la gendarmerie nationale. Après s’être livré au ravisseur en échange d’un otage et avoir tenté de le désarmer (d’après les premiers éléments de l’enquête), le lieutenant-colonel est décédé des suites de ses blessures. Son acte de bravoure a été salué unanimement par les plus hautes autorités politiques et un hommage officiel lui a été rendu aux Invalides, le mercredi 28 mars.

 

Arnaud BELTRAME s’était récemment marié civilement. Il devait épouser religieusement sa compagne à Vanves (Morbihan), le 9 juin 2018.

 

 

Informations sur l’auteur

Radouane LAKDIM est né au Maroc le 11 avril 1992 avant d’être naturalisé français en 2004, en même temps que son père.

Radouane LAKDIM était défavorablement connu des services de police pour infractions de droit commun. Il a notamment été condamné à deux reprises :

  • un mois de prison avec sursis pour port d’arme prohibée en 2011 ;
  • un mois de prison pour « usage de stupéfiants et refus d’obtempérer » en 2015. Il purgera sa peine au mois d’août 2016.

Parmi ses démêlés avec la justice, Radouane LAKDIM avait été également convoqué afin de comparaître le 23 avril 2018 devant le tribunal correctionnel de Carcassonne. L’homme devait y être jugé pour des infractions de droit commun, à savoir « port d’une arme blanche et conduite malgré annulation judiciaire du permis de conduire ».

En 2014, Radouane LAKDIM fait l’objet d’une « fiche S ». Il sera inscrit sur le « fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste » (FSPRT) à partir de novembre 2015 en raison de ses « liens supposés avec la mouvance salafiste locale » selon les mots du Procureur de la République de Paris, M. François MOLINS.

Considéré comme appartenant au « haut du spectre » de la menace radicale, Radouane LAKDIM a fait l’objet d’un suivi administratif de la part des services du renseignement territorial puis de la DGSI, notamment en raison de ses liens avec un délinquant actif soupçonné de trafic d’armes dans la région de Carcassonne. Cette association hybride entre mouvance islamiste et trafic d’armes incite les services à intensifier le suivi.

C’est dans le cadre de cette enquête administrative que Radouane LAKDIM avait été convoqué par la DGSI durant le mois de mars afin d’être entendu par les fonctionnaires chargés de sa surveillance. L’entretien aurait notamment servi à apprécier la dangerosité de l’intéressé et d’adapter les modalités de l’enquête administrative en cours.

[Pour rappel, dans le cadre de l’attentat du 20 avril 2017 survenu sur l’avenue des Champs-Elysées, Adam DJAZIRI avait été également convoqué par la DGSI pour effectuer un entretien administratif un mois avant de perpétrer son action].

 

Enquête judiciaire et environnement de l’auteur

Dans le fil de l’attentat, deux individus ont immédiatement été placés en garde à vue par la police.

  • Dès vendredi vers 19h00, la police procède à la garde à vue d’une jeune femme identifiée comme étant la compagne de Radouane LAKDIM.

Selon le Procureur de la République de Paris, la jeune femme présenterait « tous les signes d’une radicalisation ». Convertie à l’islam à l’âge de 16 ans, elle fait l’objet d’une fiche S dès 2017.

Lors de son interpellation par la police, la jeune femme aurait crié « Allah Akbar ». Plus tard, durant son audition par les enquêteurs de la DGSI, elle aurait exprimé le regret que l’attentat n’ait pas fait davantage de victimes et que, si elle en avait eu connaissance en amont, elle n’aurait pas dénoncé son compagnon.

Le travail des enquêteurs est désormais d’apprécier l’implication éventuelle de la jeune femme dans la préparation de l’attentat. Les fonctionnaires s’intéressent particulièrement à deux éléments.

D’une part, la jeune femme avait, quatre heures seulement avant les faits, publié sur son mur Facebook une sourate du Coran promettant l’enfer aux mécréants.

D’autre part, les enquêteurs observent une rupture nette et subite de communication entre la jeune femme et Radouane LAKDIM depuis le mois de janvier 2018. Ils soupçonnent les deux individus d’avoir continué à communiquer sur des applications cryptées afin de déjouer la surveillance des services de renseignement.

  • Dans la nuit de vendredi à samedi, un mineur de 17 ans identifié comme un proche de Radouane LAKDIM est également placé en garde à vue.

Le mineur est soupçonné d’avoir constitué une influence sur Radouane LAKDIM, notamment sur le plan religieux.

Au domicile de Radouane LAKDIM, les enquêteurs ont trouvé un testament manuscrit et une lettre d’allégeance à Daech, 13 téléphones portables, du matériel informatique et plusieurs armes blanches dont un sabre.

 

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