CP / L’affaire Médine

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[COMMUNIQUÉ DE PRESSE]
 

 

L’affaire Médine

 

 
15 juin 2018
 
L’Association française des Victimes du Terrorisme (AfVT) a constaté que de nombreux citoyens se sont exprimés ces derniers jours sur la tenue de deux concerts du rappeur Médine, le 19 et le 20 octobre 2018, dans l’enceinte du Bataclan.
 
L’emballement médiatique aidant, nous sommes consternés de constater que certaines personnalités publiques et politiques y ont vu l’occasion de se doter du statut de porte-voix des victimes du terrorisme. Il convient de dénoncer l’opportunisme derrière certaines postures et, faut-il le dire, une forme d’instrumentalisation odieuse provenant de l’extrême-droite. Ce préambule étant posé, les enjeux pour une association comme la nôtre nécessitent une clarification.
 
Les actes ont un sens.
 
Nous ne militons pas pour la censure mais, en tant qu’acteurs de la société civile, nous avons le droit d’exprimer notre consternation quant à la politique éditoriale d’une salle de spectacle comme le Bataclan, laquelle ne peut plus être considérée uniquement comme un lieu de divertissement.
 
Le clip de Médine, Don’t Laïk, véritable petit concentré haineux diffusé quelques jours avant les attentats de janvier 2015, nous avait déjà interpellés. Par pudeur, nous avions gardé cette opinion pour nous. Nous avions tort.
 
Les actes ont un sens, les mots aussi.
 
Adepte du double-langage et de la punchline radicale, Médine n’est pas simplement un rappeur qui nourrit un imaginaire d’artiste. Il est avant tout, selon nous, un militant politique assumé qui s’enracine dans une matrice victimaire et paternaliste. Il critique officiellement le communautarisme dont il est pourtant une des incarnations. Traiter Médine de « terroriste » est un non-sens, mais le percevoir comme un agent potentiellement toxique et antirépublicain n’a rien d’aberrant.
 
Dans certaines interviews, Médine ose se présenter comme un agent de la contre-radicalisation. Nous nous permettons de douter des bienfaits de sa méthodologie prosélyte au vu de son voisinage et de son cousinage avec des personnages aussi peu modérés que Tariq Ramadan, Kémi Séba, Dieudonné, Nabil Ennasri… Médine se plaint de l’essentialisme, lequel, selon lui, serait la « maladie de notre pays ». C’est pourtant bien lui qui essentialise, à tour de bras, dans ses textes et ses déclarations publiques, les militants de la laïcité, les représentants de l’autorité républicaine, la société civile, etc.
 
« La liberté, ce n’est pas que pour Charb ! »
 
Médine, Speaker Corner, 2015
 
Le principe de la liberté d’expression n’est pas négociable en soi et demeure un pilier de notre société démocratique. A moins d’une grave atteinte à l’ordre public, l’interdiction des concerts de Médine reviendrait à lui offrir encore plus de parts de marché. Il devient cependant urgent de combattre son détournement des causes progressistes, de déconstruire sa narration victimaire et sa virilisation prosélyte.
 
Au nom d’une liberté d’expression pour laquelle Médine n’a jamais eu à lutter, il reste inacceptable de fustiger publiquement des victimes du terrorisme qui, elles, ont payé de leur vie le fait d’exprimer des idées républicaines et laïques.
 
L’équipe de l’AfVT
 
Association française des Victimes du Terrorisme
AfVT – BP 91058 – 75829 PARIS Cedex 17 (France)
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