AFVT_17septembre1982_LyceeCarnot_Bouton_AttentatVendredi 17 septembre 1982

Attentat contre un diplomate israélien face au lycée Carnot à Paris

Le 17 septembre 1982, une voiture conduite par un agent diplomatique israélien explose à proximité du lycée Carnot à Paris, faisant 51 blessés. L’attentat est revendiqué par l’organisation terroriste FARL (Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises) dans un contexte de terrorisme antisémite et anti-israélien sur le sol français, en écho à la guerre qui déchire le Liban.

Les faits

Vers 15h25, Amos MANEL*, 61 ans, membre de la mission d’achat du ministère de la Défense israélien, pénètre dans une voiture de la mission garée devant le 68 rue Cardinet, dans le 17ème arrondissement de Paris. Il est accompagné de sa tante et de son oncle, les époux MANDEL-SCHMIDT* qui sont en visite en France. Au moment où Amos MANEL* allume le contact, une charge explosive se déclenche, projetant la Peugeot 504 dans les airs avant de la faire retomber au milieu de la rue. La déflagration fait voler en éclats les vitres des immeubles mitoyens, dont le lycée Carnot.

*noms mentionnés par certaines sources qui restent à confirmer.

Les victimes

L’attentat ne fait pas de victime fatale, mais blesse 51 personnes, dont une majorité d’élèves en classe au lycée Carnot, en raison des milliers de débris de verre projetés lors de l’explosion.

Parmi les victimes, quatre personnes sont grièvement blessées : Amos MANEL*, les époux MANDEL-SCHMIDT*, ainsi qu’un jeune homme de 17 ans passant dans la rue au moment de l’explosion.

Le bilan aurait pu être bien pire à quelques minutes près, à l’heure de la sortie des classes.

*noms mentionnés par certaines sources qui restent à confirmer.

Derrière cet attentat, les FARL de Georges Ibrahim Abdallah

40 minutes après l’explosion, un coup de fil anonyme à une agence de presse parisienne revendique l’attentat au nom des Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL). Ce groupuscule pro-palestinien et marxiste-léniniste, créé en 1980 par le Libanais Georges Ibrahim Abdallah, avait alors déjà revendiqué l’assassinat de l’attaché de défense adjoint américain, le lieutenant-colonel Charles RAY, le 18 janvier 1982, ainsi que l’assassinat du diplomate israélien Yacov BARSIMANTOV, le 3 avril 1982, tous deux abattus à Paris.

L’alliance idéologique et opérationnelle entre les FARL et Action Directe est avérée. Les deux organisations terroristes revendiquent notamment le mitraillage de la mission d’achat du ministère de la Défense israélien le 30 mars 1982, tandis qu’une coopération est évoquée dans la tentative d’assassinat d’un conseiller commercial de l’ambassade américaine, le 21 août 1982. Sans oublier la mutualisation des moyens logistiques : planques, armes, impression de tracts de revendication…

Concernant la préparation de la voiture piégée de la rue Cardinet, la participation des membres d’Action Directe n’a pas été formellement établie mais le mode opératoire ainsi que le choix de la cible portent bien la signature des FARL, cellule terroriste spécialisée dans les assassinats de diplomates israéliens et américains.

La guerre du Liban en toile de fond

L’attentat du lycée Carnot est à analyser dans un double contexte. Il s’inscrit tout d’abord dans la continuité des attentats antisémites commis à Paris au début des années 1980, tels que l’attaque contre la synagogue de la rue Copernic, le 3 octobre 1980, et l’attentat de la rue des Rosiers, le 2 août 1982. À ce titre, l’attentat du lycée Carnot est doublement symbolique puisqu’il se produit la veille du nouvel an juif, Roch Hachana, à proximité immédiate de la mission d’achat du ministère de la Défense israélien, située rue Malesherbes.

Enfin, cette action terroriste intervient trois mois après le début de l’invasion israélienne du Liban en juin 1982 (opération « Paix en Galilée »), et au deuxième jour des massacres de réfugiés palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila à Beyrouth. Au vu du degré de préparation requis pour une telle opération, il est raisonnable de penser qu’elle ne visait pas à répondre spécifiquement aux massacres de Sabra et Chatila qui avaient débuté la veille et qu’elle avait été planifiée plusieurs semaines auparavant.

Le fondateur des FARL condamné en France à perpétuité

Né en 1951, Georges Ibrahim Abdallah rejoint le Parti Social Nationaliste Syrien (PSNS), parti laïc qui défend l’idéologie du panarabisme, avant de rejoindre en 1971 les rangs du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP). Au fil des années, il s’est rapproché de Wadie Haddad, à la tête du FPLP-OE (Opérations Extérieures) avant de participer à la création des FARL (Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises).

Si les responsables précis de l’attentat du lycée Carnot n’ont pas été appréhendés, Georges Ibrahim Abdallah a été arrêté à Lyon par la Direction de la surveillance du territoire, le 24 octobre 1984. Il a été jugé et condamné en mars 1987 pour son implication dans plusieurs attentats et tentatives d’assassinat commis par les membres des FARL. Il reste incarcéré depuis 1987.

Le 11 décembre 2013, à l’issue d’un conseil municipal, le maire de Bagnolet annonce qu’il a décidé d’attribuer la citoyenneté d’honneur à Georges Ibrahim Abdallah, conformément aux demandes émises par des collectifs locaux qui considèrent le terroriste comme un « résistant » et un « militant de la cause palestinienne » sans égard pour les victimes des attentats commis par les FARL. Une soirée est organisée dans la foulée en l’honneur d’Abdallah à l’hôtel de ville de Bagnolet.

Le 7 janvier 2014, l’Association française des Victimes du Terrorisme (AfVT.org) émet un communiqué de presse pour dénoncer cette décision et en contester les fondements légaux. Dans la foulée, l’AfVT.org dépose un recours par l’intermédiaire de son conseil, Maître Géraldine BERGER-STENGER.

Le 4 juillet 2014, le Tribunal administratif de Montreuil annule l’attribution de la citoyenneté d’honneur à Georges Ibrahim Abdallah, décision saluée par l’Association française des Victimes du Terrorisme.

Les victimes oubliées du lycée Carnot

L’explosion survenue le 17 septembre 1982 fait partie de ces (trop) nombreux actes terroristes absents de la mémoire collective.

Quelques jours après les attaques du 13 novembre 2015, l’une des anciennes élèves présentes le 17 septembre 1982 au lycée Carnot a décidé de témoigner afin de donner une voix à ces victimes silencieuses qui ont du mal à se faire entendre.

Judith SILBERFELD n’avait jamais parlé autour d’elle de cette journée. Cofondatrice et rédactrice en chef du site d’actualités LGBT Yagg, elle a décidé de prêter sa plume afin de s’exprimer en tant que victime de blessure(s) invisible(s).

À travers l’évocation de son témoignage – avec une subjectivité narrative totalement assumée – Judith SILBERFELD exprime le lien quasi-organique qui la relie à de nombreuses victimes du terrorisme, en partant de l’explosion du RER à Saint-Michel en 1995 aux attentats de janvier et novembre 2015.

Cette contribution qui se déploie sur une échelle temporelle de 1982 à 2015 est donc précieuse et s’inscrit pleinement dans l’élaboration de ce qui constituera la narration des victimes du terrorisme en France.

http://judeinthesky.yagg.com/2015/11/21/17-septembre-1982/

Pour télécharger le fichier PDF de la fiche attentat, cliquer ici.

Pour télécharger le fichier PDF du témoignage de Judith SILBERFELD, cliquer ici.

Pour télécharger le fichier PDF d’un article publié le 24 septembre 1982 dans l’hebdomadaire « L’Unité », cliquer ici.



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