L’engagement en trois valeurs illustré d’un roman photo

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Un Roman photo est disponible en seconde partie de l’article 

Résumé : L’article raconte une rencontre entre des élèves et deux témoins, Jean-Luc et Angela, autour des valeurs de l’engagement. Deux élèves, présentent d’abord leurs valeurs principales : l’égalité, le respect, la bienveillance, la justice et les droits. Ces valeurs font écho à celles des témoins.

Jean-Luc raconte son intervention lors des attentats du 13 novembre. Après avoir entendu des tirs, il descend porter secours aux blessés malgré son handicap et le manque de matériel. Grâce à sa formation de secouriste, il sauve notamment une jeune femme. Pour lui, les valeurs essentielles sont l’altruisme, le secourisme et le témoignage. Il insiste sur l’importance d’aider les autres sans attendre de récompense et souhaite aujourd’hui améliorer la formation aux premiers secours et le matériel disponible.

Angela, professeure de mathématiques, témoigne de l’assassinat de son collègue Samuel Paty en 2020 après une rumeur mensongère. Elle évoque le choc, la solidarité entre collègues et le traumatisme durable. Ses valeurs principales sont la bienveillance, la solidarité et le respect. Elle explique aussi l’importance de la mémoire, notamment avec le changement de nom du collège pour honorer son collègue.

Tous les deux soulignent que témoigner auprès des élèves permet de transmettre des valeurs, de rappeler l’importance de la vérité, du respect et de l’esprit critique, et d’encourager l’engagement citoyen.

 

Et si notre engagement se résumait en trois valeurs ?

Les raisons de l’engagement reposent souvent sur des valeurs comme le respect, la solidarité et la justice. Certaines personnes s’engagent pour aider les autres, protéger des victimes ou défendre des droits. L’engagement peut aussi naître d’une expérience personnelle marquante qui donne envie d’agir et de transmettre un message. C’est le sens de la rencontre qui a eu lieu le vendredi 3 avril 2026 au collège Marais de Villiers entre une vingtaine de collégiens de 3ème et deux victimes d’attentat terroriste.  Car s’engager c’est aussi contribuer à une société plus juste, soutenir ceux qui en ont besoin et encourager les autres à agir à leur tour.

Article et roman photo de Murielle Dassonville et Maeva Hance

LES ELEVES ACCUEILLENT LES TEMOINS A TRAVERS LEURS VALEURS

Lors de cette rencontre deux élèves ont tenus à prendre la parole et à présenter leurs trois valeurs d’engagement. Pour Yanis, l’égalité est importante car « on doit tous avoir les mêmes droits », le respect est également une valeur fondamentale « que quelqu’un soit handicapé ou aveugle nous devons le respecter, même s’il bégaye, on lui doit le respect », enfin, Yanis cite la bienveillance « Si quelqu’un ne se sent pas bien, qu’il a besoin de quelque chose, on doit le consoler et l’aider »

Pour Aminata, les trois valeurs retenues sont le respect nécessaire au fonctionnement d’une société, la justice qui permet à tous d’être égaux, et les droits : « Chacun et chacune a ses droits et peut les appliquer ».

Ces trois valeurs répondent à celles de Jean-Luc et Angela venus témoigner ce jour-là.

LES TROIS VALEURS D’ENGAGEMENT DE JEAN-LUC

Jean-Luc nous partage dans un premier temps ses valeurs de l’altruisme et du secourisme. Lorsque dans la nuit du 13 novembre, un peu avant 21h30, il entend des « pétarades » en bas de chez lui, il identifie très rapidement le bruit d’armes automatiques. Son premier réflexe est de se mettre à l’abri avec sa fille dans leur appartement. Constatant que les assaillants sont repartis en voiture, il lui dit « Je dois descendre ». A son arrivée sur les lieux, il fait face à des blessures de guerre équipé d’une simple trousse de secours, et se trouve contraint de se servir de son t-shirt pour faire un point de compression et de sa ceinture pour faire un garrot. Son intervention sauve la vie d’une jeune femme grièvement blessée d’une plaie à la cuisse. L’altruisme est pour lui une seconde nature. Sans se poser de question, il se sert de sa formation de secouriste pour panser les plaies et réconforter les blessés. Quand Inaya lui demande s’il a gagné de l’argent en sauvant des vies, Jean-Luc lui répond : « Non, l’acte de porter secours c’est altruiste, on ne fait pas ça pour l’argent, ni pour passer à la télé. Ce que j’ai gagné dans cette histoire c’est la fierté d’avoir sauvé une vie. Quand j’avais 2 ans je n’ai pas pu sauver mon père de la mort, mais ce soir-là, j’ai pu sauver une vie. »

Devant les élèves, il évoque sa troisième valeur, celle du témoignage : « Je veux de transmettre un témoignage vivant, vous raconter ce que j’ai vécu. » Jean Luc reprend le mot « handicap » cité par Yanis.  Il explique qu’il est handicapé et qu’il a du mal à se déplacer, mais que ce soir-là, quand il descend porter secours, il agit pour aider. Selon lui : « Cela prouve que ce que j’ai fait ce soir-là, tout le monde peut le faire ». Cependant, l’Etat n’est pas toujours reconnaissant envers les citoyens qui s’engagent auprès des autres : « Il n’y a pas de termes pour les civils qui aident, j’ai donc choisi celui-ci :  aidants de première ligne. On a fini par avoir une médaille de la sécurité intérieur échelon bronze. On a monté le collectif citoyen du 13 novembre. On a pu se retrouver, se parler, savoir pourquoi nous étions descendus sur les terrasses aider les autres : on avait tous une histoire, un vécu qui expliquait notre geste ce soir-là, notre engagement. Grâce à ce collectif, on a pensé à ce qu’il fallait faire pour que la prochaine fois, il y ait moins de morts. Maintenant j’ai changé de métier, je crée des formations de secours et j’aimerai que l’Etat soutienne et diffuse une trousse de secours plus efficace pour ce genre de blessure. »

LES TROIS PRINCIPES CHERS A ANGELA

Angela est professeure de mathématiques, elle est arrivée dans le collège du Bois d’Aulne en 2018, la même année que Samuel Paty. C’était un collègue sympathique, qui partageait des anecdotes avec ses collègues et qui aimait jouer au ping-pong. En octobre 2020, une élève exclue du collège mentit à propos du cours sur la liberté d’expression dispensé par M. Paty à sa classe de 4e. Après plusieurs rencontres avec la principale du collège, et le relai du mensonge sur les réseaux sociaux, un engrenage mortifère s’amorce.

Pour Angela, cette date heureuse du 16 octobre liée a l’anniversaire de sa fille et son mari est aujourd’hui un traumatisme associé à l’assassinat de Samuel Paty.

Ses trois valeurs clés sont la bienveillance, la solidarité et le respect.

Alors qu’une ambiance pesante régnait sur le collège suite aux rumeurs et aux menaces, Angela manifesta sa solidarité à son collègue dans un e-mail. Le jour de l’attentat, elle apprend le drame une fois rentrée chez elle : « C’était sidérant ». Le lendemain, elle se rend au collège pour rejoindre ses collègues. « Nous étions tous solidaires les uns des autres, réunis ensemble. En passant devant sa salle, nous avons été très émus. Nous avions vu l’engrenage se mettre en place, mais jamais nous aurions imaginé que cela puisse se terminer ainsi. C’était insupportable ; on pensait que c’était de notre faute. »

Fatma lui demande si elle considère cet évènement comme un traumatisme, ce à quoi Angela répond: « C’est quelque chose qui a marqué toute ma vie. Pendant longtemps je ne pouvais pas sortir par la droite du collège, parce que c’est là que ça s’est passé. Lorsque l’on a évoqué le changement de nom du collège,  je n’étais pas certaine d’être d’accord, et de vouloir entendre le nom de Samuel Paty au quotidien. Ensuite, j’ai réalisé que renommer le collège au nom de Samuel Paty était une victoire et un honneur, face à la tentative de l’effacer. » 

« On a reçu énormément de courriers d’élèves et de personnels de l’Education Nationale pour nous soutenir. À la suite de l’assassinat de Dominique Bernard en 2023, certains collègues de Conflans ont décidé de montrer leur solidarité en allant rencontrer les professeurs de l’établissement arrageois, meurtris ». 

« ON EST DES PAREILS »

Angela et Jean Luc se rejoignent dans l’idée de solidarité en partageant leur expérience avec d’autres victimes. Angela a mis du temps à admettre qu’elle était une victime par ricochet : « C’est mon collègue qui est décédé et je ne me considérais pas comme victime ; cette reconnaissance a été longue. Je ne me pensais pas légitime. On a créé un groupe de parole avec les autres professeurs, ayant vécu la même chose, on se comprend, on se donne des Tips. »

Jean-Luc confirme cette idée : « On est « des pareils », on a vécu un évènement traumatique, on sait qu’on peut se parler et qu’on peut tout se dire : l’autre en face a vécu la même chose, on « a pas peur de faire peur. » »

Gabin pose la question de la réaction des enfants d’Angela et Jean Luc face à ces évènements dramatiques, Angela raconte : « J’ai 3 enfants de 7, 12 et 14 ans. Ils n’osaient pas me poser de questions, ils avaient à l’esprit de protéger leur maman. Plus tard, un documentaire a été réalisé dans l’établissement, on l’a regardé ensemble, ils ont compris ce qui s’était passé. Ils ont eu des réponses. Leur premier réflexe a été de me protéger, de me soutenir. »

Jean-Luc explique : « Ma fille s’était cachée mais elle voulait me voir, donc elle a rampé jusqu’à la fenêtre, elle a vu une femme blessée. Elle a entendu les tirs, et perçu les odeurs, et pendant de longs mois elle a eu des hallucinations auditives. Aujourd’hui elle a toujours des traumatismes sur les bruits violents, la foule, etc. Ça a été très compliqué pour elle, sa scolarité en a souffert. Nos proches imaginent qu’on aurait pu mourir, ça a créé une peur chez eux. Ma mère a aggravé sa maladie : cette peur pour l’autre a été toxique. »

Tous les deux accordent une grande importance au témoignage auprès des élèves pour se reconstruire et transmettre. Angela se dit aussi que ce qu’elle a vécu est quelque chose de traumatisant et dramatique,

« Cela permet de prendre conscience qu’un mensonge, que les paroles et les actes ont un impact : on ne peut pas dire n’importe quoi, car cela peut entraîner des conséquences graves. » Jean Luc renchérit en expliquant : « il est important de se construire soit même, il souligne l’importance de lire les livres, de se renseigner, d’apprendre par soi-même, de se construire un esprit critique ». Pour eux, c’est le rôle du témoignage.

Roman photo de la rencontre avec la classe de 3ème HESSE au collège Marais de Villiers

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