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I. Français de 30 ans et cadre de l’organisation terroriste « État islamique ».

Tyler Vilus s’est installé en Syrie dès mars 2013, il y résida jusqu’à son arrestation en 2015 à l’aéroport Atatürk D’Istanbul.

Au sein de l’organisation terroriste, Tyler Vilus assurait plusieurs fonctions.

D’abord celle de communicant puisqu’il était l’un des animateurs du compte Twitter « Si tu veux mon avis ». Ce compte invitait les musulmans à venir combattre en Syrie et, s’ils ne peuvent le faire, à commettre des attentats dans leur pays d’origine contre des commissariats ou des cibles civiles. Sur son compte Facebook du même nom, il a également diffusé nombre de vidéos d’exactions ou de combat, notamment cette vidéo dans laquelle Abdelhamid Abaaoud est filmé au volant d’un véhicule, tractant des cadavres et affirmant que cela faisait de la « pub » à l’organisation terroriste. Le but était pour lui d’attirer ou de faire peur aux personnes hors Syrie.

Il reconnu également son activité de passeur pour certaines femmes, il affirme en effet avoir facilité ou organisé le passage de l’une de ses épouses, sa mère, et les deux épouses de Rached Riahi.
Tyler Vilus était aussi un combattant, il avait ainsi participé à la tête d’un groupe de combattants francophones à des « opérations de nettoyage ». Il apparaît notamment dans une vidéo diffusée en 2015 dans laquelle deux anciens soldats prisonniers sont exécutés d’une balle dans la tête.

Il affirmera avoir également exercé l’activité de « policier » au sein de l’organisation qu’il limite cependant au champ militaire en affirmant qu’il ne faisait rien de plus qu’un combattant, à savoir voler, signaler les manquements, les comportements, et l’irrespect des règles du djihad.

Par la suite, il intègrera « l’Amniyat », l’équivalent des services de renseignements de l’organisation terroriste. L’objectif, de ce qu’il reconnait être une sorte de DGSI, était la planification d’attentat à l’extérieur du régime.

En Syrie, il a accueilli à plusieurs reprises sa mère, Christine Rivière, convertie elle aussi à l’islam le plus rigoriste, qui lorsqu’elle était sur site, « portait une ceinture explosive pour sa propre sécurité », dit-elle, « afin d’éviter de tomber dans les mains d’ennemis de l’Etat islamique ». Celle surnommée par la police française, « Mamie Jihad » a été incarcérée à son retour et condamnée à dix ans de réclusion en appel, en juillet 2018.

Arrêté le 2 juillet 2015 à l’aéroport Atatürk d’Istanbul, en possession d’un passeport falsifié appartenant en réalité à un ressortissant suédois, Tyler Vilus était alors en contact direct par SMS avec le jihadiste belge Abdelhamid Abaaoud, commanditaire des attentats du 13 novembre 2015.

Tyler Vilus prétendra, lors de son arrestation, avoir promis à Abdelhamid Abaaoud de rentrer en Europe pour frapper en solitaire dans le seul but de pouvoir quitter définitivement la Syrie et s’installer en Mauritanie. Néanmoins, il révèlera lors du procès, vouloir « poursuivre le djihad », « sans cible définie » mais « envisageait bien de mourir les armes à la main ».

 

II. Première instance : Condamnation à 30 ans de réclusion criminelle

Le 25 juin 2020, Tyler Vilus, premier jihadiste français renvoyé aux assises pour des crimes perpétrés en Syrie, comparaissait en tant qu’accusé devant la cour d’assise spéciale pour « association de malfaiteurs terroriste », « direction d’un groupe terroriste » et « meurtres en bande organisée ».

L’AfVt était partie civile à l’instance.

Lors des débats, Leila D, la mère de la seconde épouse de Tyler Vilus, Ines, partie en Syrie à l’âge de 19 ans et sans nouvelle de celle-ci depuis 6 ans, a appris en direct le décès de son enfant en 2017 à Mossoul, alors qu’elle était enceinte de 3 mois.

Le parquet avait requis la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de vingt-deux ans – la peine maximale, en le décrivant comme « un chef de guerre ».

Si pendant le procès, Tyler Vilus avait comparé son engagement djihadiste à une plongée en apnée par ces mots « on descend on descend et on reste sous l’eau », son avocat, lors des plaidoiries, avait appelé les magistrats à « le juger comme un plongeur en apnée qui veut retrouver la surface. Tyler Vilus a déjà franchi les premiers paliers. Il revient à votre cour d’accompagner cette démarche de remontée à la surface, qui prendra du temps, certes, mais qui ne doit pas être anéantie ».

La juridiction n’a pas suivi les réquisitions du parquet national antiterroriste. En effet, la cour d’assises spécialement composée de Paris, ayant seule compétence en matière de terrorisme, a donc condamné le vendredi 2 juillet 2021, l’accusé, après 8 jours de procès, à une peine de 30 ans de réclusion criminelle assortie d’une période de sureté des deux tiers, en excluant la perpétuité.

En ne prononçant pas la peine maximale encourue pour l’infraction de meurtre en bande organisée pour laquelle il était aussi poursuivi, la Cour a souhaité laisser au condamné « une lueur d’espoir pour lui permettre d’évoluer ». Estimant que l’attitude de l’accusé n’avait guère été encourageante, le président Laurent Raviot a toutefois souligné qu’il avait « reconnu un élément très important » en finissant par avouer son intention de « mourir les armes à la main » lorsqu’il avait quitté la Syrie à l’été 2015.

Le 9 juillet 2020, le parquet national antiterroriste (PNAT) a néanmoins interjeté appel de l’arrêt rendu en première instance par la cour d’assises.

 

III. Condamnation en appel à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans

Le 13 septembre 2021, Tyler Vilus comparaît à nouveau, dans le cadre de sa procédure d’appel, devant la Cour d’assises spécialement composée du Tribunal de Paris.

L’AfVT était partie civile à l’instance et était présente durant toute la durée du procès.

Les 8 jours de débats ont permis aux différentes parties de revenir sur les chefs d’accusation pesant sur Tyler Vilus, et notamment celui de participation à un meurtre en bande organisée pour l’exécution de deux prisonniers, filmée à des fins de propagande. Cette vidéo intitulée « dissuader les espions » a été longuement étudiée par la Cour durant le procès, afin de comprendre la réelle implication du djihadiste.

Son rôle de policier et d’émir d’un groupe de francophones en Syrie ont également été abordés à de nombreuses reprises, faisant de Tyler Vilus, l’une des figures majeures du groupement terroriste État Islamique.

Son aura et son charisme faisaient de lui un leader influant au sein du groupement, capable de se faire obéir, même si l’accusé s’en défend. C’est d’ailleurs cette attitude qui fut particulièrement mise en exergue par l’accusation, tout comme son infime considération à l’égard des conséquences de ses actes, notamment pour ses victimes. L’avocate générale a en effet déclaré : « on reproche à la Justice de s’attaquer toujours aux petits, vous avez là un grand criminel. Il a oeuvré par le sang dans un état totalitaire. La religion, ça suppose un peu d’humanité, il n’en a pas ».

Maitre J-S, avocate de l’AfVT, a plaidé au nom des victimes. Elle expliqua en effet qu’en se constituant Partie Civile, l’association combat au nom de ceux qui ont payé le prix de la violence de Tyler Vilus – « le sens est de tenter d’incarner un peu les victimes, dont les ombres planent dans ce procès ».

Le Président a par la suite reproché à l’accusé de n’avoir mentionné ses victimes qu’à la fin des débats, ce dernier étant très prolixe sur d’autres sujets comme son propre parcours ou ses missions au sein de l’Etat Islamique – Tyler Vilus a répondu ne pas avoir l’habitude d’exprimer des sentiments.

La Défense a clos sa plaidoirie en déclarant que « Tyler Vilus s’est engagé dans un processus de reconstruction laissant apparaître une lueur d’espoir. Cette démarche ne doit pas être éteinte à perpétuité ».

La Cour n’a pas entendu cet appel. En effet, au soir du 22 septembre 2021, Tyler Vilus a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sureté de 22 ans. La Cour a prononcé à titre complémentaire l’inscription de son nom au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions terroristes (FIJAIT). Ce fichier impose à l’individu inscrit de devoir satisfaire aux obligations de déclarations de domicile régulièrement (tous les 3 mois) ainsi que d’informer les services de police 15 jours avant tout déplacement à l’étranger et ceux pendant 10 ans à compter de sa sortie de détention.


Sources

Procès Tyler Vilus : le parquet national antiterroriste fait appel, le monde, 9 juillet 2020 : https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2020/07/09/proces-tyler-vilus-le-parquet-national-antiterroriste-fait-appel_6045731_1653578.html

Tyler Vilus, premier jihadiste français jugé aux assises pour des crimes commis en Syrie, condamné à 30 ans de prison, France info, 3 juillet 2020 : https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/offensive-jihadiste-en-irak/tyler-vilus-premier-jihadiste-francais-juge-aux-assises-pour-des-crimes-commis-en-syrie-condamne-a-30-ans-de-prison_4033591.html

Terrorisme : « Elle est morte ? », au procès de Tyler Vilus, une mère apprend le décès de sa fille en Irak, 30 juin 2020, Helène Sergent pour 20 minutes, https://www.20minutes.fr/justice/2811627-20200630-terrorisme-morte-proces-tyler-vilus-mere-apprend-deces-fille-irak

Procès de Tyler Vilus : « J’envisageais de mourir les armes à la main », Jullien Mucchielli, Dalloz Actualité, 2 juillet 2020, https://www.dalloz-actualite.fr/flash/proces-de-tyler-vilus-j-envisageais-de-mourir-armes-main#.YQvsq_k6-po

Le djihadiste français Tyler Vilus condamné à 30 ans de réclusion, Lci, 4 juillet 2020, https://www.lci.fr/justice/le-djihadiste-francais-tyler-vilus-condamne-a-30-ans-de-reclusion-2158326.html

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