22 février 2016 : discours-hommage de Danièle Klein à Cécile Vannier

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photo-cecile-vannier_150Lundi 22 février 2016

 

Septième commémoration de l’attentat du Caire : hommage à Cécile Vannier

 

La présidente de l’Association française des Victimes du Terrorisme (AfVT), Danièle KLEIN, a lu un discours lors de l’hommage rendu à Cécile VANNIER, décédée à l’âge de dix-sept ans dans un attentat perpétré au Caire, le 22 février 2009.

 

L’intégralité du discours est reproduite ci-dessous :

 

Évoquer Cécile…

 

Un honneur…
Mais c’est tellement difficile.
Voilà cinq jours que je triture les idées, les bouts de phrases, que je rature et que je cherche mes mots.

 

Évoquer Cécile…

 

Que je ne connaissais pas…
D’habitude, les mots coulent, mais là, j’ai du mal.
Pourquoi je bloque ?
Je sais pourquoi. C’est simple en fait.
Parce que toi Catherine, belle Catherine, et Jean-Luc, vous êtes là devant moi à écouter, et que je me refuse à vous faire souffrir davantage, à accabler votre charge.
Que je crains d’être maladroite, de toucher là où ça fait le plus mal.
Mais en évoquant Cécile, comment faire autrement.
Je tourne en rond.
Alors, Catherine, Jean-Luc, d’avance je vous demande de me pardonner.
Quand je suis un peu perdue, dans la vie, je convoque dans mon esprit, mon ange gardien personnel, mon frère adoré, dont la vie s’est brutalement arrêtée à cause des “à peu près mêmes” assassins que ceux qui vous ont ravi Cécile.
Mon frangin m’inspire beaucoup.

 

Cette fois, je vais convoquer Cécile…

 

Qu’est-ce qu’elle nous murmure cette magnifique jeune fille, aujourd’hui ?
Avec sa beauté, sa jeunesse, son intelligence… son absence.
À moi, elle me souffle à l’oreille, de ne pas nous laisser piéger par le chagrin et la haine… de rester joyeux comme elle l’était.
De ne pas désespérer, de se battre.
L’esprit de Cécile, Jean-Luc, Catherine et tout le groupe de familles de Levallois, vous le suivez, vous l’avez intégré dans vos vies,
Elle vous a fait cadeau de ça.
Vous avez dompté son absence insupportable par un combat déjà vainqueur.
Vous êtes formidables, Catherine, Jean-Luc et les autres familles,
Parce que vous tenez bons,
Que vous vous battez avec dignité, avec pertinence et insolence
Que vous voulez savoir et vous allez savoir.
Cécile nous a transmis sa liberté.
Nous, parce que nous, les victimes de terrorisme, nous sommes libres, d’une certaine façon.
C’est une idée mille fois entendue, maintenant nous avons le temps,
On nous doit la justice et la vérité… sans aucune compromission.
C’est notre exigence.
Nous partageons la même foi, celle de ne plus rien avoir à perdre,
mais tout à gagner, pour eux, pour faire sourire nos anges gardiens.
Nous sommes frères sœurs de chagrin mais aussi de combat.
Cécile nous insuffle du courage et nous montre le chemin quand nous sommes paumés et malheureux.
Elle nous le dit, allez quoi, bouge-toi…

22 février 2009… Le Caire
13 novembre 2015… Paris
la jeunesse et la joie de vivre que l’on tue et que l’on blesse.
Mais cette jeunesse ne se laisse pas faire.
Avant cet horrible 13 novembre, les cibles étaient comme disons… naturelles, des journalistes, des dessinateurs de presse, des Juifs, des militaires, des policiers…
Les barbares ont élargi leur marketing de mort en ciblant la jeunesse, celle de Cécile.
Une jeunesse libre, insouciante, ouverte et multiconfessionnelle.
Ce sont ses frères et ses sœurs qui sont tombés sous les balles.
Je sais, Catherine et Jean-Luc, que vous êtes en contact avec des familles qui ont perdu leurs enfants.
C’est encore bien l’esprit de Cécile qui souffle là.
Vous auriez pu choisir de vous écarter de tout ça et de vous enfermer dans votre histoire,
mais vous êtes des passeurs d’espoir maintenant,
que vous le vouliez ou non.
Enfin, pour m’aider à évoquer Cécile, j’ai demandé à Mélanie son amie, il y a quelques jours, de me donner des détails sur elle.
Avec sa gentillesse et sa fraîcheur, Mélanie m’a livré par mail comme ça en vrac, un petit texte que finalement je trouve juste
merveilleux et que je vais vous lire…

 

“On va aller à l’essentiel : 
Cécile était une très bonne élève.
Elle voulait être orthophoniste pour travailler avec les enfants. 
Elle avait toujours le sourire comme une ado avec des hauts et des bas.
Elle avait un chéri qui sera là le 22.
Il s’appelle Nicolas et ils étaient faits l’un pour l’autre. 
Elle adorait dessiner et elle était très douée comme son père.
Elle aimait voyager.
On avait fait plusieurs colos ensemble dont le Mexique. 
Comme toutes les ados, elle se disputait avec ses parents mais ça ne durait jamais longtemps.
Elle avait trop un grand cœur pour être énervée contre quelqu’un.
Elle adorait sortir.
Quelque fois on en parlait même pas à sa mère.
Et elle l’a découvert quand je lui ai dit après, ce qui nous a valu beaucoup de fous rires avec Catherine.
Le jour où elle est partie elle avait 17 ans.
Elle en aurait eu 18, le 2 juin.

 

Oui, je t’en parlerai pendant des heures de Cécile.”

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