45 ans depuis la prise d’otages de Djibouti et Loyada

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Le 3 février 1976, il y a maintenant 45 ans, a eu lieu la prise d’otages de Djibouti et Loyada durant laquelle deux jeunes enfants sont décédés. Depuis 2016, l’association des Oublié-és de Loyada, soutenue par l’AfVT dans sa démarche, cherche à faire reconnaitre les victimes de l’attaque comme victimes du terrorisme en interpellant les pouvoirs publics. 

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En 1976, des membres du Front de libération de la Côte des Somalis, qui cherchait à obtenir, de la France, l’indépendance de Djibouti, prennent en otage un car scolaire en route vers Loyada. Cet événement démontre les difficultés de maintenir la présence coloniale française à Djibouti (depuis le milieu de XIXème siècle) et débouche sur l’indépendance du territoire en 1977.

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La prise d’otages de Djibouti / Loyada

Le 3 février 1976 à 7h15 à Djibouti, un car scolaire de l’armée française est pris en otage par 4 ravisseurs armés se réclamant du FLCS (Front de Libération de la Côté des Somalis). Ce car devait emmener 31 enfants de militaires français âgés de 5 à 12 ans à leurs écoles. Immédiatement, les ravisseurs et les otages se rendent à Loyada, à 15 km de Djibouti, tout près de la frontière avec la Somalie. Lors du trajet, ils tirent sur les militaires qui essaient de les intercepter.

« La première balle que j’ai entendue, elle a traversé ma BD, et j’ai tout de suite plongé sous le siège. Je me souviens d’un de mes camarades qui se relève pour voir d’où venaient les tirs. Je le descends sous la banquette : ‘’t’es malade tu veux te faire tuer’’. Mon ressenti de gamin, c’est que ça a duré une éternité. »

Yonis Farah, alors âgé de 8 ans

« Quand ça a commencé à tirer, je me suis réveillé, j’ai vu un des terroristes avec du sang sur la tête.

Je suis descendu du bus et je suis allé dans le poste somalien. C’est là que j’ai vu que j’étais blessé.

Je me rappelle essayer d’essuyer le sang avec un chiffon. »

Franck Rutkovsky, alors âgé de 6 ans 

La Somalie, dont le poste frontière se situe désormais à une dizaine de mètres du car, déclare qu’elle n’interviendra pas. Les troupes françaises sont positionnées à 200 m du car.

Les ravisseurs menacent d’exécuter les otages et revendiquent :

  • L’indépendance de Djibouti
  • Le départ du territoire de l’armée française

De premières négociations démarrent au poste frontière et se poursuivent jusqu’au 4 février à 15h00. L’attente est interminable pour les otages et pour leurs familles, cantonnées à Djibouti.

« On savait ce qu’étaient des armes. On était des enfants de militaires. Mais on ignorait ce qu’étaient des terroristes […] On a annoncé deux fois à mes parents que j’étais mort. »

Franck Rutkovsky, alors âgé de 6 ans

Le 4 février à 15h45, le GIGN abat au moins 5 terroristes lors d’un tir simultané, puis, avec les légionnaires, les gendarmes se précipitent pour libérer les otages.

Malheureusement, un terroriste réussit à tirer une rafale contre le bus. Deux enfants sont tuées : Nadine et Valérie, âgées de 7 ans. Plusieurs autres sont grièvement blessés.

Après 34 heures de captivité, les otages survivants sont rapatriés sur Djibouti, puis quelques jours après, les plus grièvement blessés, sur Paris.

Enquête judiciaire et revendications des victimes

Une enquête judiciaire est enclenchée par le procureur de la République de Djibouti.
Plusieurs otages, gendarmes, légionnaires et des membres supposés du FLCS, seront entendus.
L’enquête ne sera cependant jamais poursuivie, du moins officiellement.

Depuis 1976, les pouvoirs publics n’ont assuré aucun suivi psychologique des enfants et des familles, notamment celles de Valérie et Nadine et n’ont pas été en contact avec les victimes et leurs proches.

« On ne peut pas revenir en arrière, mais que je voudrais vraiment une reconnaissance pour mes enfants. Sandra a 49 ans. C’est une femme très stressée. Elle fait encore des cauchemars.

Je veux qu’on les reconnaisse comme victimes. […] Que Valérie ait été tuée par une balle somalienne ou française ne change rien, mais savoir toute la vérité sur sa mort me permettrait de trouver un peu de paix. »

Hans Geissbuhler, père de Sandra, alors âgée de 5 ans et de Valérie, alors âgée de 7 ans et décédée à l’issue de la prise d’otages 

« On a le sentiment d’avoir été abandonnés, pendant tellement longtemps. » 

Nathalie, alors âgé de 7 ans

En avril 2016 est créée l’association de victimes Les Oublié.e.s de Loyada qui regroupe les otages, leurs familles, des gendarmes du GIGN et des légionnaires qui ont contribué à leur libération.

Les objectifs des Oublié.e.s de Loyada, soutenue depuis sa création par l’AfVT, sont :

  • La reconnaissance par l’Etat des otages et de leurs familles, puisque la législation actuelle ne reconnait les victimes du terrorisme qu’à compter du 1er janvier 1982 (ordonnance n° 2015-1781 du 28 décembre 2015 intégrée dans le code des pensions civiles et militaires). Le 9 mai 2018, la députée Valérie Lacroute, sensible à la démarche de l’association, dépose sur le bureau de l’Assemblée nationale la proposition de loi n°949 visant à reconnaitre les victimes du terrorisme à partir du 1er janvier 1974 : découvrez la proposition de loi
  • De veiller à ce que toute exploitation intellectuelle, notamment cinématographique, prenne en compte l’avis et les intérêts des victimes.

Reconnaissance de la qualité de victime

Quarante-cinq ans après l’attaque, les revendications de l’association des Oublié-es de Loyada portent essentiellement sur la reconnaissance de la qualité de victime des personnes tuées et prises en otage.

Depuis quelques années, la prise en charge des victimes du terrorisme s’est perceptiblement améliorée en France. Les victimes peuvent notamment, en plus d’être prise en charge à la suite d’un attentat et de pouvoir prétendre à une indemnisation à la hauteur du préjudice subi,  se voir attribuer la médaille nationale de reconnaissance des victimes du terrorisme suite à la modification du décret du 6 mars 2019.

Cependant, dans le cas de la prise d’otages de Loyada, les dates prescriptives fixées par les pouvoirs publics, ne permettent pas aux victimes :

  • D’être reconnues comme victimes (reconnaissance à compter du 1er janvier 1982)
  • D’être indemnisées (indemnisation à compter de 1984 pour le Fonds de Garanties des Victimes)
  • De prétendre à une Pension Militaire d’Invalidité (pension à compter de 1982)

Depuis 2016, l’association des Oublié-es de Loyada se bat pour que ses membres puissent obtenir les mêmes droits que les autres victimes du terrorisme. Même si deux personnes ont pu être décorées de la légion d’honneur et qu’une plaque va prochainement être implantée à l’ambassade de France à Djibouti, c’est une reconnaissance globale et égalitaire qui est attendue.

Précisément quarante-cinq ans après les événements, l’AfVT soutient plus que jamais les Oubli-és de Loyada dans leur mission et leur combat et espère pouvoir aider à leur reconnaissance auprès des pouvoirs publics.

Ressources documentaires

Sources :

Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Djibouti#Fin_de_la_p%C3%A9riode_coloniale

Verbatims de victimes : extraits du livre de Paul Vitani, « Les oubliés de Loyada », parution à venir à l’automne

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