Regards croisés : L’accompagnement et le soutien entre victimes, expliqué par Catherine Bertrand. « C’était important pour moi de leur transmettre mon expérience »

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Je m’appelle Catherine Bertrand, je suis illustratrice et rescapée des attentats du 13 Novembre mais je suis surtout artiste.

Comment et pourquoi as-tu rejoins l’AfVT ?

J’ai rejoint l’AfVT en 2018 à la suite de la publication de mon livre Chroniques d’une survivante. A cette époque, j’ai rencontré Chantal [professeure de lettres et responsable du pôle actions éducatives à l’AfVT] qui m’a tout de suite proposé de témoigner dans les établissements scolaires avec mon livre comme support.

Ce projet d’intervention scolaire m’a tout de suite intéressé. Il se trouve que dans ma vie d’avant, je voulais être professeure et j’ai passé un CAPES de documentation pour travailler dans les CDI. Finalement j’ai abandonné ce projet de carrière, mais j’avais déjà cette envie de transmettre. Avec le 13 novembre mon envie de transmettre s’est décuplée et la proposition de Chantal a immédiatement collé avec mes objectifs personnels.

En 2021, Chantal m’a proposé d’intégrer le conseil d’administration pour qu’il y ait une meilleure représentation des victimes des attentats du 13 Novembre au sein de celui-ci. Il était important que le conseil d’administration de l’’AfVT soit le reflet des différents attentats qui ont touché la France. Mais aussi que de nouveaux administrateurs participent pour apporter de nouvelles idées, du sang neuf et renouveler les projets de l’AfVT.

Toi qui a vécu le procès V13, as-tu aidé les victimes de l’attentat du 14 juillet à Nice à se préparer à leur procès ?

Rapidement au Conseil d’administration, pendant le procès du 13 novembre d’ailleurs, il a été question d’aider les victimes de l’attentat de Nice en allant à leur rencontre. C’est là qu’il a été décidé de proposer des rencontres de « Victimes à Victimes » en amont de ce procès.

Qu’est-ce que les rencontres de Victimes à Victimes ? – AfVT – Association française des Victimes du Terrorisme

Fatalement, et étant donné que notre procès [V13] était en cours, j’avais déjà des premiers retours d’expériences à partager avec les parties civiles de l’attentat de Nice. J’ai donc répondu présente pour aller à Nice rencontrer les futures parties civiles, et les préparer à ces semaines, ces mois d’audiences. Un « Victimes à victimes », c’est un témoignage d’une victime qui a déjà vécu une expérience, en l’occurrence un procès d’assise, auprès d’une victime d’un autre attentat qui vit cette expérience ou qui est sur le point de la vivre.

Avant le procès, je suis allée à Nice à plusieurs reprises pour échanger à chaque fois avec des victimes différentes. Mais aussi les encourager à prendre part au procès qui les attendait, expliquer ce que cela m’avait apporté : « Pourquoi faire ce procès ? Pourquoi s’y intéresser ? ». C’était important pour moi de leur transmettre mon expérience, parce que le problème c’est qu’on peut avoir le sentiment que cela ne va rien nous apporter, donc j’y suis allée pour convaincre les victimes de s’y intéresser, pour qu’ils puissent saisir l’opportunité de vivre ce procès et qu’ils n’aient pas de regrets par la suite.

A l’époque, je vivais le procès des attentats du 13 novembre. J’avais donc des arguments à leur soumettre : « toutes les victimes n’ont pas de procès », « c’est important de pouvoir partager son ressenti, d’être entendu grâce aux témoignages »… J’ai beaucoup œuvré pour le témoignage et la libération par la parole.

Depuis le début du procès, j’accompagne physiquement les personnes qui se rendent à l’audience à Paris. Souvent ce sont des personnes que j’ai rencontrées à Nice et que je retrouve ensuite quand elles montent à Paris. Le fait que l’on se soit déjà rencontrés ça les rassure. Une fois à Paris, elles se sentent moins seules, accompagnées et soutenues … Je veille à être présente mais discrète pour respecter leurs moments.

Par exemple, j’ai accompagné Carolina le jour de son témoignage. Regards croisés : « Je me sens minuscule », Carolina raconte sa 4ème semaine d’audience – AfVT – Association française des Victimes du Terrorisme

Je suis surtout là pour les accompagner avant et après l’audience : pour débriefer, souffler un peu, discuter, partager des émotions, des ressentis communs ou non, et parfois se changer les idées, toujours dans la bonne humeur et la bienveillance.

Pourquoi aider les victimes d’autres attentats ?

Quand j’ai rejoint l’AfVT, mon envie première c’était d’aider les autres, sûrement pour m’aider moi-même, mais surtout me déculpabiliser d’être en vie.

Aider les autres victimes de terrorisme, c’est sortir de la passivité que définit parfois la notion de victime. Je ne supporte pas d’être passive, j’ai besoin d’agir, je ne supporte plus de subir ce 13 novembre. Quand je suis dans l’action, j’ai l’impression de reprendre le contrôle de ma vie.

J’ai beaucoup souffert du syndrome de la culpabilité du survivant, donc quand j’aide d’autres victimes d’attentats j’ai l’impression d’atténuer un peu mon sentiment de culpabilité d’être en vie.

Comment est-ce que tu suis ce procès  ?

Au quotidien sur Twitter. Soit par les journalistes qui tweetent en direct, ce qui n’est pas le cas tous les jours. Soit par des victimes de l’attentat de Nice qui vont partager un sentiment, une anecdote ou un avis sur la journée écoulée sur leur propre compte Twitter.

Je peux aussi savoir ce qui s’y passe en questionnant l’équipe et les membres de l’AfVT qui suivent le procès sur place ainsi que nos avocats désignés qui travaillent avec nous.

Enfin comme je l’ai dit plus haut, je me rends sur place de temps en temps.

C’est la même salle d’audience que celle du V13. Est-ce que ça a été particulier pour toi ?

Comme j’y suis retournée avec ma casquette AfVT, j’étais dans un rôle d’aidante. C’est comme une sorte de protection inconsciente et naturelle, qui me fait sortir de mon statut de victime, ce qui fait que je n’ai pas eu d’émotions difficiles ou d’angoisses.

Cela dit j’ai ressenti une certaine nostalgie de ces locaux qui m’ont été familier et m’ont rappelé tous ces mois passés sur ces bancs. J’ai aussi réalisé que notre procès était bel et bien fini et qu’on passait à un autre procès. C’était un moyen de réaliser que la vie continue finalement.

Comment cela résonne avec ton après-procès ?

Il y a des moments où je suis consciente que l’on est sur un autre procès, que tout est différent : les conditions de l’attentat, le lieu de l’attentat, les chefs d’accusations, … Il y a des spécificités que l’on n’avait pas dans les attentats du 13 novembre. Chaque attentat et procès est unique.

Et dans le même temps, il y a des choses qui résonnent en moi, et ça, ça m’a beaucoup surprise. Par exemple le comportement des parties civiles lors du visionnages des images de vidéos surveillances. J’ai vu des réactions assez similaires à du V13 avec des parties civiles très secouées, certaines qui sortent en criant, en pleurant… Ce moment, je l’ai vraiment vécu deux fois : une fois pour le procès du 13 novembre et une fois pour le procès de Nice. Les comportements ont été exactement les mêmes.

 

 

Entretien réalisé par Clémence le 02/11/2022

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