FRANCE – Attaque à bord du train Thalys reliant Amsterdam à Paris

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En cette veille de week-end, un individu armé, Ayoub EL-KHAZZANI, a tenté de commettre un attentat à l’arme automatique dans un wagon du Thalys reliant Amsterdam à Paris. Rapidement maîtrisé par des passagers français, américains et britannique, l’assaillant a néanmoins blessé deux personnes. Il était vraisemblablement en lien avec des filières salafo-djihadistes.

La réaction des passagers a été décisive

La tentative d’attentat se produit peu avant 18h00 dans les wagons 11 et 12 du Thalys Amsterdam-Paris n°9364, alors que le train se trouve à hauteur d’Oignies (Pas-de-Calais). Le passager Ayoub EL-KHAZZANI visionne à sa place une vidéo d’un prêche djihadiste sur son mobile, puis se dirige vers les toilettes de la voiture 12 avec un sac à dos et une valise à roulette. Peu de temps après, il sort des toilettes armé d’un fusil d’assaut en bandoulière (un AKM est-allemand) et d’un pistolet Luger M80. Il se heurte alors à plusieurs passagers qui parviennent à le désarmer et à l’immobiliser, l’ensemble des évènements ne durant qu’une quarantaine de secondes.

 2048x1536-fit_photo-prise-alek-skarlatos-spencer-stone-anthony-sadler-avant-attaque-bord-thalysUne photo prise par Alek Skarlatos, Spencer Stone et Anthony Sadler
avant l’attaque à bord du Thalys – REX Shutterstock/SIPA

Dans l’attente d’éléments supplémentaires issus de l’enquête en cours, nous pouvons reconstituer les faits comme suit :

– Alors qu’il sort armé des toilettes, Ayoub fait tout d’abord face à Damien A., un passager de la voiture 13 présent dans l’intercirculation. Ce Français de 28 ans, employé d’une filiale de BNP Paribas située au Pays-Bas, a souhaité gardé l’anonymat. Voyant le fusil d’assaut, il tente de s’en saisir et bloque le terroriste présumé contre le porte-bagages.

– Un passager franco-américain, Mark MOOGALIAN, alerté par le comportement d’Ayoub El-KHAZZANI, se dirige vers l’intercirculation et se rend compte que Damien A. et Ayoub luttent. Il prévient alors les autres passagers et, d’après son témoignage, parvient à saisir le fusil d’assaut d’Ayoub.

– Au même moment, un contrôleur présent dans une voiture adjacente, Michel BRUNET, arrive dans l’intercirculation et constate que les individus sont toujours en train de lutter pour immobiliser le terroriste présumé. Il est suivi d’un autre contrôleur qui a assisté à la scène depuis la voiture 12. Ayoub parvient à se dégager, et braque l’un des contrôleurs avec son arme de poing. Il repousse également le passager français.

Mark MOOGALIAN, qui dispose toujours du fusil d’assaut d’Ayoub selon ses dires, tente de s’éloigner vers la voiture 11. Ayoub EL-KHAZZANI ouvre alors le feu dans sa direction, le blessant grièvement. Le terroriste présumé récupère alors son fusil d’assaut.

– À cet instant, Spencer STONE et Aleksander SKARLATOS, deux militaires américains en permission (respectivement d’une affectation dans les Açores et d’un déploiement en Afghanistan), se ruent sur le terroriste présumé, le projetant au sol et lui arrachant son fusil. Ayoub se saisit alors de son pistolet, braque Spencer STONE et appuie sur la détente. Aucun coup de feu n’est cependant tiré. Aleksander SKARLATOS se saisit alors du pistolet, tandis que Spencer STONE tente d’étrangler son agresseur, lequel lui porte des coups de cutterr.

– Plusieurs passagers se ruent vers Ayoub EL-KHAZZANI, dont un ami américain des deux militaires, Anthony SADLER, un sexagénaire britannique, Christopher NORMAN, et un conducteur de Thalys en voyage privé, Eric TANTY. Ils parviennent collectivement à immobiliser Ayoub. Les deux militaires frappent alors le terroriste présumé jusqu’à lui faire perdre connaissance. Ils parviennent ainsi à le neutraliser, puis le ligotent. Les Américains viennent également en aide au passager blessé, Mark MOOGALIAN.

– Au cours de l’affrontement, les autres passagers des wagons 11 et 12 ont tiré le signal d’alarme, provoquant le ralentissement du train. À hauteur de Hénin-Beaumont, certains voyageurs ont brisé les vitres et sauté du wagon.

– Pour finir, les deux militaires américains, ainsi que les autres passagers qui sont intervenus surveillent Ayoub EL-KHAZZANI jusqu’à l’arrivée du Thalys en gare d’Arras, vers où il a été détourné après l’actionnement du signal d’alarme. Les policiers français procèdent alors à l’arrestation du terroriste présumé.

Les victimes

L’attentat avorté, qui aurait pu être très meurtrier, n’aura finalement blessé que deux passagers. L’un d’eux, Mark MOOGALIAN, un Franco-Américain de 51 ans, professeur de la Sorbonne, a été blessé par balle à l’épaule gauche lors de l’immobilisation d’Ayoub, selon le procureur de Paris. Toutefois, Mark MOOGALIAN soutient qu’il a été blessé au début de l’attaque, après avoir brièvement désarmé le terroriste présumé, une thèse qui semble être confortée par le rapport interne de la SNCF sur l’évènement.

L’un des deux militaires américains, Spencer STONE, 22 ans, a quant à lui été blessé par arme blanche au coude et au pouce, alors qu’il tentait d’immobiliser Ayoub EL-KHAZZANI.

mark moogalianPortrait de Mark Moogalian © Droits réservés

Parcours d’un jeune radical

Né au Maroc, Ayoub El-KHAZZANI rejoint son père en Espagne en 2007 à 18 ans, où il est notamment condamné en 2010 pour trafic de stupéfiants. En février 2014, il est signalé comme radical par les renseignements espagnols, du fait de sa fréquentation d’une mosquée salafiste à Algésiras, en Andalousie, où son frère exerçait des fonctions de trésorier. Les services espagnols transmettent l’information à leurs collègues français, qui inscrivent alors Ayoub sur une fiche S (Sûreté de l’État).

Le terroriste présumé séjourne en France au cours de l’année 2014, ayant obtenu un emploi auprès de l’opérateur téléphonique Lycramobile à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Selon son employeur, il est licencié au bout de deux mois, du fait d’une situation administrative irrégulière, et aurait alors vécu entre la France, l’Allemagne, l’Autriche et la Belgique.

Au cours de l’année 2015, Ayoub fréquente la mosquée non-officielle Loqman à Molenbeek Saint-Jean, dans la région de Bruxelles, d’où il part le jour de l’attaque du Thalys. Il est alors fiché pour radicalisation par les renseignements belges. Cette localité est connue pour être un foyer majeur de filières djihadistes en Europe : certains instigateurs des attentats de Madrid en 2004, le responsable présumé de l’attaque du Musée juif de Bruxelles, Mehdi NEMMOUCHE, ainsi que plusieurs terroristes présumés des attentats de Paris et Saint-Denis, y ont en effet séjourné. Enfin, cette même année, Ayoub prend l’avion de Berlin à Istanbul le 10 mai, vraisemblablement pour se rendre en Syrie. Il rentre de ce voyage en juin par l’Albanie.

Si Ayoub EL-KHAZZANI a agi seul à bord du Thalys, plusieurs éléments tendent à discréditer l’hypothèse d’un « loup solitaire ». En effet, lorsque le terroriste présumé quitte le logement de sa sœur à Molenbeek pour acheter son billet en gare de Bruxelles, il dispose déjà d’un sac contenant les armes utilisées lors de l’attaque, neuf chargeurs approvisionnés de fusil d’assaut, un chargeur de pistolet et une bouteille d’essence. L’origine de cet arsenal, qui n’est pas encore déterminée, souligne l’existence de complicités, d’autant plus que le numéro de série du pistolet Luger M80 avait été préalablement limé de manière professionnelle. En outre, deux téléphones portables ont été retrouvés sur Ayoub EL-KHAZZANI, et un individu d’origine tunisienne, identifié comme un de ses contacts, a été appréhendé par la police française en Seine-Saint-Denis, le 4 novembre 2015.

Un terrorisme transnational

Cette attaque met en lumière le développement de filières djihadistes transnationales en Europe, le parcours particulièrement complexe d’Ayoub EL-KHAZZANI étant symptomatique des difficultés que rencontrent les services de renseignement européens, et au-delà, à coordonner leurs actions dans la lutte contre le terrorisme d’inspiration salafiste. Ainsi, l’enquête relative au cas du Thalys implique au minimum les autorités françaises, belges, espagnoles, allemandes, turques et marocaines. Le caractère individuel et la soudaineté de ce type d’action, dont les ultimes préparatifs ne sont souvent réalisés que dans les derniers jours, rend par ailleurs difficile leur détection et donc leur prévention par les services compétents.

En outre, l’enquête semble démontrer l’existence de liens entre cette attaque et le coordinateur des attentats du 13 novembre 2015 de Paris et Saint-Denis, Abdelhamid ABAAOUD, également cité dans les enquêtes relatives à l’assassinat d’Aurélie CHÂTELAIN à Villejuif et l’attaque du Musée juif de Bruxelles.

Le mode opératoire, une fusillade réalisée par un individu – passé par la Syrie – au moyen d’armes à feu dans un lieu très fréquenté, est appelé à devenir récurrent dans les attentats terroristes, notamment en Europe. À ce titre, l’attaque du Thalys aurait pu être beaucoup plus meurtrière si les passagers n’étaient pas intervenus aussi rapidement, et si Ayoub EL-KHAZZANI, qui ne semblait pas bénéficier d’un entraînement rigoureux, avait été davantage aguerri. De ce fait, cette attaque est à rapprocher des actions pouvant être qualifiées d’artisanales, commises à Villejuif puis à Saint-Quentin-Fallavier avant l’été 2015.

Pour télécharger le fichier PDF de la fiche attentat, cliquer ici.

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