Procès dit « Prison d’Osny » : de l’ombre de la Taqiya à la lumineuse humanité d’une victime

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Du mardi 19 novembre au vendredi 22 novembre, s’est tenu le procès de Bilal TAGHI devant la Cour d’assises spéciale de Paris chargée des procès terroristes. L’AfVT était présente lors du procès, en sa qualité de partie-civile, et a réalisé un compte-rendu que vous trouverez sur ce lien.

Bilal TAGHI était jugé pour avoir, le 4 septembre 2016, tenté d’assassiner deux surveillants pénitentiaires à l’aide d’un couteau artisanal réalisé dans sa cellule. Ce dernier était incarcéré dans l’unité dédiée aux détenus radicalisés pour avoir tenté de rallier la Syrie et l’Etat islamique.

Ce procès revêtait une importance particulière, dans la mesure où c’est le premier procès d’assises traitant de faits terroristes survenus dans le milieu carcéral, dans une unité dédiée à la déradicalisation, mettant ainsi en lumière la difficulté de prévenir le passage à l’acte face à la « dissimulation » (Taqyia) des djihadistes.

Ainsi, le sujet de la dissimulation était au cœur des débats car l’accusé s’était vanté, après les faits, d’avoir réussi à tromper l’administration pénitentiaire et les intervenants de l’unité de déradicalisation (psychiatre, psychologue, imam etc.).

Dans ses différentes auditions après les faits, il a assumé avoir tenté de tuer au nom de l’Etat islamique et a déclaré concernant l’unité de déradicalisation « pour eux, un gars comme moi qui est bavard et qui aime bien parler est quelqu’un de réinsérable, tandis que quelqu’un de plus discret, qui parle moins, ils vont dire que c’est quelqu’un de nécessairement dangereux, même s’il est moins dangereux que moi. Ils nous prennent pour des gogoles avec leurs activités débiles (dessin, collage, découpage). S’ils avaient été aussi forts qu’ils le prétendent, ils auraient vu que je me moquais d’eux depuis le début. »

Ces déclarations faisaient aussi écho au précédent procès de Bilal TAGHI, suite à sa tentative de ralliement de l’Etat islamique, au cours duquel il avait affirmé qu’il avait changé et qu’il n’adhérait plus aux thèses islamistes. Or, c’est après ses déclarations qu’il a tenté de tuer au nom de l’Etat islamique les surveillants pénitentiaires.

Dès lors, toute la question de ce procès était de savoir si l’accusé avait, comme il le déclarait de nouveau, réellement changé depuis les faits du 4 septembre 2016 et si un espoir était permis quant à sa réinsertion.

L’Avocat Général a requis la perpétuité en déclarant « Comment croire cet homme qui a lui-même avoué que 99% de ce qu’il avait dit à l’époque de son premier procès était faux ? Il a toujours offert des postures. Il est capable d’aveux tonitruants puis de rétractations ; de dire que tout est fini et de récidiver ; il montre ses pleurs puis ses sourires dès qu’on a le dos tourné. Il n’a cessé de mentir, jusqu’à passer maître en dissimulation, qui est un des arts du djihad. Si vous le condamnez insuffisamment, ce sera tenir pour vrais ses mensonges incessants, ses mises en scène, ses pleurnicheries. Bilal TAGHI va pouvoir se payer la société encore une fois. »

La défense a répliqué en demandant à la Cour de « juger avec mesure un acte d’une violence démesurée, d’opposer le droit à la violence, d’opposer à la vengeance autre chose que la loi du talion ».

Bilal TAGHI a quant à lui déclaré avant le verdict « Il est vrai qu’il est compliqué de donner du crédit à tout ce que j’ai dit. On peut douter de ma sincérité. Je ne peux pas convaincre, seul le temps le pourra. Aujourd’hui ça se conjugue par une peine de prison, ce que je comprends. Vu mon acte je ne veux pas négocier, ni clémence. La seule victoire que je peux obtenir aujourd’hui m’a été offerte par monsieur H. C’est le message d’espoir, la leçon de vie, la leçon d’humanité. »

Cette fameuse « leçon d’humanité » dont parle l’accusé a été prononcée par la première victime, Monsieur H, qui a témoigné lors du procès et s’est directement adressé à Bilal TAGHI.

Les paroles de ce surveillant pénitentiaire attaqué par Bilal TAGHI sont, à n’en pas douter, le moment fort de ce procès et resteront gravées dans les annales des procès terroristes. Nous tenions à vous en livrer un extrait en conclusion de cet article :

« Je ne vais pas laisser le mal agir sur moi et j’essaye de n’avoir aucun désir de vengeance. Car ce serait être comme ce que je combats. Je ne combats pas l’homme mais ses idéaux. Je pourrai mourir pour cela, je ne le regretterai pas. Je préfère mourir pour des idéaux qui sont justes.

Au moment où le souffle de vie s’en allait, j’étais serein je savais que, là où j’irai, je serai bien. 

(Monsieur H. se tourne vers Bilal TAGHI) 

 Je crois que chaque homme peut changer. Battez-vous pour que la vie soit plus belle, pas contre l’homme !

Choisissez entre les ténèbres et la Lumière ! Faites un choix, maintenant ! Choisissez ce que vous voulez être ! Un homme qui tue ou un homme qui protège !

Vos enfants c’est votre patrie. Faites un meilleur monde, portez des fruits, portez des fruits qui ont de la saveur. »

La Cour d’assises spéciale a condamné Bilal TAGHI à 28 ans de réclusion criminelle avec une peine de sûreté des deux tiers.

Quant à l’efficacité des unités de déradicalisation, les spécialistes présents à l’audience s’accordent à dire que des leçons doivent être tirées de cet attentat dans l’évaluation de la dissimulation des détenus. Une certitude se dégage à l’issue de ce nouveau procès terroriste, c’est précisément que la certitude absolue sur l’amendement d’un détenu radicalisé ne pourra, hélas, jamais exister.

Retenons donc l’injonction de la victime, Monsieur H, qui résume l’essence même du défi imposé par le terrorisme à la société, à la justice et aux terroristes eux-mêmes : « choisir entre les ténèbres et la Lumière ».

Compte-rendu du procès dit « Prison d’Osny »

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