Le 19 août 2003, un attentat a été perpétré contre le Canal Hôtel qui tenait lieu de quartier général de l’ONU à Bagdad en Irak.
Un camion piégé a explosé près du bâtiment entrainant la mort de 22 personnes, parmi lesquels de nombreux fonctionnaires de l’ONU dont Sergio Vieira de Mello, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Irak et Jean-Sélim Kanaan, un diplomate français de l'ONU.
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Témoignage de Romain Baron, victime de l'attentat du 19 août 2003 à Bagdad
fait 22 Juillet 2008 pour SOS Attentats
C’était un Mardi le 19 Août 2003.
Ce jour il faisait très chaud et bientôt les fonctionnaires allaient quitter leur travail du Quartier Général des Nations Unies.
Vers 16 heures, heure locale, nous étions en poste au deuxième étage où une réunion se tenait.
La porte du bureau se refermait et, à cet instant, c’était l’explosion d’une force terrible.
Le chaos, le silence dans cette poussière insoutenable.
La mort avait frappé à tous les étages, à tous les coins, les étages dans un amas de corps mutilés et déchiquetés.
Des cris et des râles…
Sur 15 fonctionnaires au deuxième étage nous restâmes que 4, blessés sauvant et perdant certains de nos camarades dans nos bras qui dans leur dernier moment de vie appelaient leurs enfants et femmes.
Des camarades tombaient devant moi partant dans d'atroces conditions.
Mon sort avait été dans les mains de la Sainte Providence quand je compris ce massacre et ces images horribles ainsi que l’ampleur des dégâts à jamais gravés dans ma mémoire.
L’image de Notre Dame de Lourdes qui était dans ma poche m’avait protégée.
Quand je sortis du bâtiment je vis notre Drapeau qui flottait encore dans cette masse de fumée et lui aussi avait été meurtri par des débris de l’explosion, touché dans sa chair comme nous. Mais il flottait, il résistait…
A ce moment, je fus saisi comme d’un élan patriotique en le regardant et je ne pensais plus à mes blessures, mais à chercher et à secourir des collègues.
A la fin de cette horrible journée, j’étais couvert de sang, du mien et ceux de mes camarades ainsi que des morceaux de chair humaine collés sur mes vêtements.
Je fus évacué en raison de mes blessures, mais le lendemain je reprenais mon travail en signant une décharge, par esprit d’équipe et de cohésion et surtout pour servir l’Organisation qui avait plus que jamais besoin de nous.
Le retour fut très dur.
Revenus et attendus comme des Chevaliers de la Paix et maltraités par la suite avec des faits odieux et humiliants seulement pour avoir servi avec abnégation les Valeurs et Principes.
La chute aux enfers était prévue traversant des déserts d’injustice et d’intolérance, nous qui fûmes des survivants et victimes de cet attentat.
Je me sentais trahi et ces faits étaient aussi douloureux que le traumatisme vécu.
Des mois et des années à s’aider avec Gaby dans ces tempêtes et chemins rocailleux sans soutien et abandonnés à nos propres sorts subissant l’inacceptable.
Nos vies étaient brisées à jamais ainsi que pour nos familles qui nous trouvent bien différents sans parler des conséquences physiques et psychologiques.
Les cauchemars ont une odeur et sont nos sentinelles de la nuit.
Ils vous collent à la peau.
La Paix a un prix.
Servir les Droits Humains et ses Fondements ont des conséquences dramatiques pour ceux et celles qui servent au péril de leur vie ces nobles causes.
Rappelons nous de nos camarades tombés le 19 Août 2003 et n’oublions pas les rescapés qui restent et resterons meurtris pour toute une vie et qui continuent de souffrir pour avoir défendu les Droits de l’Homme.
Romain Baron
Victime de l’attentat du 19 août 2003
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Par Gabriel Pichon, victime de l'attentat du 19 août 2003 à Bagdad
fait le 7 Juillet 2008 pour SOS Attentats
19 août 2003 – 19 août 2008
La tragédie: Bagdad 22 morts 127 blessés
Les reflets de mon destin sont écrits sur cette page.
Ne plus être soi même, tout en étant le même.
Ne plus savoir, si l’on était avant ou si l’on est maintenant.
Vouloir ne vivre qu’au présent, faire fuir se passer du 19 août 2003.
Espérer le futur, vivre le temps, vivre autrement.
Certains mots hurlent, d’autres pleurent.
Dans ma tête une partie de moi s’est échappée.
Ma pensée ne cesse de me faire mal depuis ce jour qui m’a meurtri à jamais.
Je marche pour l’avenir, parce qu’il le faut.
Pour mes proches, pour ceux que j’aime, mais sûrement pas pour moi.
J’avance pour l’avenir parce que je n’ai pas le choix.
Je n’arrive pas à oublier j’aimerais m’envoler mais mes ailes sont brisées.
Pourquoi avoir vécu cet enfer ?
Croire, reste le seul espoir de vivre, ou plutôt ….écrire pour survivre
Je vais, je viens, je tourne, je traîne, les images me hantent.
Parfois il y a des nuits sans étoile.
Parfois il y a des jours sans soleil
Même ces jours ou il y a du soleil dans ma tête il fait noir
Je croyais avoir tout perdu, je reviens tranquillement, mais c’est dur car le chemin est difficile, faute d’incompréhension, de désespoir et de se sentir abandonner.
Au-delà des mots mes pensées se dévoilent.
Au-delà des mots mes souvenirs se hasardent, mes peurs s’y installent.
Au-delà des mots mon regard se perd.
Au-delà des mots mon cœur désespère.
De mon cœur ils étaient mes amis (e)
De ma vie ils étaient ma passion.
De leurs mots ma raison
Ils sont partis dans un pays fracassé pour lutter contre la guerre et la misère. Ils en sont jamais revenus, Pourquoi eux et pas moi ?
Que vaut une âme qui erre, s’abandonnant à la solitude.
Dans les abysses de l’enfer mon esprit s’y engouffre.
Mon for intérieur, autrefois gorgé de vie n’est plus que déchiré, lassé et meurtri à jamais depuis cet attentat du 19 août 2003.
Gabriel Pichon
Victime de l’attentat du 19 août 2003
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Texte de Gabriel Pichon, blessé lors de l'attentat du 19 août 2003 à Bagdad, dans les bâtiments de l'ONU, pour SOS Attentats
Ne plus être soi-même,
Tout en étant le même.
Ne plus savoir, si l'on était avant
Ou si l'on est maintenant.
Vouloir ne vivre qu'au présent
faire fuir ce passé du 19 août 2003.
Espérer le futur
Vivre le temps, vivre autrement.
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